LIVRE XX
merce, et de trahir ou de servir la cause des chré- i5io tiens, selon que la fidélité ou la trahison leur était profitable. Dans une diète queMaximilien avaitconvoquée à Augsbourg, l’ambassadeur de Louis XII, Hélian (1) , prononça un discours véhément contre la nation vénitienne. Il lui reprocha d’abord d’avoir traversé, par ses hostilités et ses intrigues, une ligue formée contre les Turcs , entre le pape , l’empereur d’Allemagne, le roi de France et le roi d’Aragon. L’orateur reprochait aux Vénitiens d’avoir refusé du secours à Constantinople assiégée par Mahomet IL « Leur flotte était dans l’Helles- » pont pendant le siège ; ils pouvaient entendre les >» gémissemens d’un peuple chrétien qui tombait » sous le glaive des barbares. Rien ne put émou- » voir leur pitié. Ils restèrent immobiles , et lors- » que la ville fut prise, ils achetèrent les dépouil- » les des vaincus et vendirent aux Musulmans » les malheureux habitans de la Grèce réfugiés •» sous leurs drapeaux. Plus tard , lorsque les Ot- » tomans assiégeaient Otrante (2) , non seulement
(1) La diète d’ Augsbourg eut lieu en i5io, un an après la bataille d’Aguadel. L’empereur Maximilien avait prié le roi de France d’y envoyer un jurisconsulte qui put disposer les esprits aux demandes que lui-même devait faire. Hélian de Verceil fut envoyé auprès des Allemands, et prononça dans la diète ce discours qu’on peut lire au tom. 11 de la Diblioth. des Croisades , collect. de Slruve, tom. 11.
(a) Ce qui se passait alors n’est pas toul-à-fait sans ressem-
i5io » les villes et les princes, mais les ordres racn- » dians avaient envoyé des secours aux assiégés. » Les Vénitiens, dont la flotte se trouvait alors à « l’ancre devant. Corfou , virent avec indifférence, » peut-être avec joie, les dangers et les malheurs » d’une ville chrétienne. Non , Dieu ne pouvait » pardonner à une nation qui , par son avarice , » sa jalousie , son ambition , avait trahi la cause » de la chrétienté , et paraissait s’entendre avec les » Turcs pour régner avec eux sur l’Orient et » sur l’Occident. »
Hélian, en terminant son discours , invitait les états et les princes à réunir leurs efforts pour exécuter les décrets de la justice divine, et consommer la ruine de la république de Venise.
Ce discours, dans lequel on invoquait le nom du christianisme et qui ne respirait que la vengeance et la haine, lit une vive impression sur l’assemblée. Les passions qui s’allumèrent dans la diète d’Augsbourg, et qui ne permettaient point de songer à la guerre contre les Turcs, ne montrent que trop l’état d’agitation et de discorde où se trouvait alors la chrétienté. Nous ne parlerons point de la ligue formée d’abord contre Venise , de la ligue formée ensuite contre Louis XII , ni des
blance avec ce qui se passe de nos jours. Les violentes déclamations d’Helian contre la politique vénitienne peuvent nous rappeler ce qu’on a dit à plusieurs époques , et ce qu’on répète encore contre la politique d’une puissance qui est bien au-dessus de Venise.