‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 215 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

événemens qui portèrent le trouble dans l’Italie i5j3 et jusque dans le sein de l’Église, menacée d’un schisme.

Au concile de Latran, convoqué par le successeur d’Alexandre IV et de Pie III, on déplora les désordres de la chrétienté, sansy porter remède ( 1 ).

On revint sur la guerre contre les Turcs, sans s’occuper des moyens de la poursuivre. Le pape Jules II, que Voltaire nous représente comme un mauvais prêtre et comme un grand prince , était entré d’une manière active dans les guerres entre les princes chrétiens. Depuis qu’il faisait la guerre en son nom, il ne pouvait remplir le rôle honorable de conciliateur et n’avait plus la considération attachée au titre de père des fidèles. Il ne put rétablir la paix qu’il avait lui-même troublée , et se trouvait dans l’impossibilité de diriger une entreprise contre les ennemis de la foi.

Au reste , les prédications de la croisade , si souvent répétées , ne frappaient plus les esprits. On avait tant de fois annoncé aux peuples des malheurs qui n’étaient point arrivés, qu’on ne pouvait

(1) Ce fut dans la sixième session du concile de Latran qu’un nomme Simon Bengnius, dont les domaines venaient d’être ravages par les Turcs, fit le premier la proposition d’une croisade contre eux. Il fit le récit de leurs progrès continuels dans l’Illyric , et pria les pères du concile de faire cesser les guerres civiles des chrétiens , afin qu’ou put délivrer l’Orient du joug des Ottomans. (Raynaldi, ad ann. i5i3, 11°. ai. )

iG 1 4 plus réveiller leurs alarmes. Depuis la mort <le Mahomet II , les Turcs semblaient avoir renoncé à conquérir l’Europe. Bajazet avait d’abord attaqué sans succès les mamelucks d’Egypte -, il s’était endormi ensuite dans la mollesse et dans les plaisirs du sérail, ce qui avait donné aux chrétiens quelques années de repos et de sécurité. Mais comme un prince indolent et efféminé ne remplissait point la première condition du despotisme ottoman, qui était la guerre, il irrita l’armée contre lui, et ses goûts pacifiques le firent tomber du trône. Sélim , qui lui succéda , plus ambitieux et plus cruel que Mahomet, accusé d’avoir empoisonné son père , couvert du sang de sa famille , fut à peine parvenu à l’empire qu’il promit aux janissaires la conquête du monde, et qu’il menaça tout-à-la-fois l’Ilalie et l’Allemagne, la Perse et l’Egypte.

Dans la douzième et dernière session du cinquième concile de Lalran , Léon X s’occupa de prêcher une croisade contre le redoutable empereur des Ottomans. Il fit lire devant les pères du concile une lettre de l’empereur Maximilien (?) , qui témoignait sa douleur de voir la chrétienté lou-

(i) Outre la lettre de Maximilien ,on lut dans cette dernière session celles des rois d’Espagne et de France, qui promettaient d’envoyer des secours. Le if> mars 1 5 1 7 , jour de la clôture du concile, le pape publia un decret qui annonçait solennellement la croisade et les résolutions prises pour l’entreprendre. La levée des décimes, pendant trois ans , était un des premiers moyens d’exécution. Le pontife convoqua aussitôt une assemblée de personnages importans

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