LIVRE XX. 44i
souverain pontife annonça son projet au college i5i îles cardinaux (i). Les prélats les plus distingués par leur savoir et leur habileté dans les négociations , furent envoyés en Angleterre, en Espagne, en Allemagne, avec la mission d’apaiser toutes les querelles qui divisaient les princes et de former une puissante ligue contre les ennemis de la république chrétienne. Léon X , qui se déclarait d’avance le chef de cette ligue sainte , proclama une trêve de cinq ans entre tous les états de l’Europe, et menaça de l’excommunication ceux qui troubleraient la paix.
Tandis que le pape portait ainsi toute son attention sur les préparatifs d’une croisade , les poètes et les orateurs, dont il encourageait les travaux, le représentaient déjà comme le libérateur du monde chrétien. Le célèbre Vida, dans une ode
(i) Voici les résolutions qui furent prises dans ce college : Les rois des pays menacés devaient fournir la plus grande partie de l’argent ; les ecclésiastiques payer le dixième de leur revenu ; les laïcs nobles aussi le dixième , les roturiers le vingtième, les artisans une part proportionnée à leur gain journalier. Des indulgences furent accordées à ceux qui feraient des dons en argent.
L’empereur devait fournir soixante mille hommes de pied, deux mille de cavalerie légère, quatre mille de grosse cavalerie ; le roi de France , cinquante mille hommes de pied ; quatre mille de grosse cavalerie , huit mille de cavalerie légère ; Emmanuel , roi de Portugal , devait, avec uuc flotte de trois cents vaisseaux, attaquer Constantinople, ou la Syrie, ou l’Egypte. (Ruynaldi, ad anu. 1 5 1 7 , u°. xiv.)
18 saphique adressée à Léon X , chantait les coriq u êtes futures du pontife. Déjà il croyait voir l’Ilalie et l’Europe se levant en armes, les profondes mers se couvrant de vaisseaux chrétiens ; déjà il entendait le choc de l’acier belliqueux et le bruit des clairons, signal des combats; entraîné luimême par l’exemple des guerriers, et cherchant une autre gloireque celle desMuses, le poète juraitd’affronter les déserts brûlans de l’Afrique , de puiser dans son casque l’eau du Xante ou de l’Indus, et de faire tomber sous son glaive les rois barbares de l’Orient (i). Vida, dans son ode sur la croisade, qui renferme seize strophes , ne parle ni de Jésus- Christ, ni de Jérusalem, niais des jeux sanglans de Bollone et des lauriers d’Apollon et de Mars. Ses vers paraissent bien moins une inspiration de l’Évangile qu’une imitation d’Horace ; et les louanges qu’il adresse au chef de l’Église chrétienne ressemblent tout-à-fait, pour le ton et pour la forme, à celles que le chantre de Tybur adressait à Au-
(i) Nous citerons ici deux strophes de Vida : Jam mihi densum videor per agmen ,
Casside inclusus caput , insuelum Funera horrendum fera Julminanti Spargcre dextrd.
Non ego pro te. , laribus et aris ,
Horream extremos penetrare ad Afros ,
JVon ego Xanlum galed cava po- Tare, nec Indum.
Est mihi peclus , mihi sanguis , et vis Vtvida j est præsens animas ; tremenli Barbari tellure codent mea sub Cusfûde reges, etc.