LIVRE XX
guste. Pendant que Vida, daus des vers profanes, , félicitait ainsi Léon X de la gloire dont il allait couvrir son nom , un autre littérateur non moins célèbre, dans une épîlre en prose , imprimée à la tête des oraisons de Cicéron , adressait au pontife les mémos félicitations et les mêmes éloges. Novageri se plaisait à célébrer d’avance ces jours de gloire que la croisade promettait au monde oh ré-* tien et au père des fidèles. « Nous verrons, disait-il » à Léon X, nous verrons luire cette belle journée » où , vainqueur des nations infidèles, tu revieu- » dras couvert des lauriers de la victoire ; cette » journée mémorable où toute l’Italie, toute la » terre le saluera comme un dieu libérateur , où » d’innombrables citoyens de toutes les classes sor- » liront des bourgs et des cités, et se précipiteront » sur tes pas , te rendant grâces d’avoir sauvé leurs » foyers, leur liberté et leur vie (1). »
(1) Voici les propres paroles de Novageri : « K rit , erit » profcclo dies ilia , quutn lu longissime prolalisfi/iibus , » deviclis omnibus ,quœ chrisliano unqiiam nomini infensœ » Jiterinl nationibus , cum insigni laureâ redeuntem intucri » liceat ; quum Iota te Italia , lotus terrurmn orbis , ut » qucmdam ad levanda noslra incommoda è cœlo dclap- » su ni deum , venerctur; quum tibi obviant cunctis ex » oppidis , omnium genàrum , omnium œlatum, mullitudo » se omnis effundat ; tibi palriam , tibi penates, tibi saluât lem ac vilam dcniqne , depn/so crudelissimum lioslium » me tu , acceptant referai. » (Nang., Kpist • ad Leon X.) Novageri lut ambassadeur de Venise à la cour de France; il n’était pas seulement un des écrivains les plus distingués, mais un des hommes d’élat les plus habiles de son temps.
i5i8 L’Italie était alors remplie «le Grecs réfugiés, parmi lesquels se trouvaient d’illustres savans , qui exerçaient une grande influence sur les esprits , et ne cessaient de représenter les Turcs comme uu peuple barbare et féroce. La langue grecque s’enseignait avec succès dans les plus célèbres écoles , et la direction nouvelle des études , l’admiration qu’inspiraient les chefs-d’œuvre de la Grèce, ajoutaient encore à la haine des peuples contre les farouches dominateurs de Bysance, d’Athènes et de Jérusalem. Ainsi, tous les disciples d’IIomère et de Platon s’associaient , en quelque sorte , par leurs vœux et par leurs discours , à l’entreprise du souverain pontife. On a pu remarquer que la manière de prêcher les croisades , et les motifs qu’on alléguait pour exciter l’ardeur des chrétiens , différaient selon les circonstances et tenaient presque toujours aux idées dominantes de chaque époque. Au temps dont nous parlons, tout devait porter le caractère et l’empreinte du beau siècle de Léon X; et, si les croisades avaient pu contribuer à la renaissance des lettres, il était juste que les lettres, à leur tour , fussent pour quelque chose dans une guerre entreprise contre les ennemis de la civilisation et des lumières.
Les envoyés de la cour de Rome avaient été accueillis avec distinction dans tous les États de l’Europe , et n’avaient négligé ni les exhortations évangéliques, ni les séductions , ni les promesses , ni aucun des ressorts de la politique profane, pour disposer les princes chrétiens à la croisade procla-