LIVRE XX
mée par le pape. Le sacré collège se réjouit du suc- i5i8 cès de leur mission, et le pape, pour en remercier le ciel, pour attirer les bénédictions divines sur son entreprise, ordonna qu’on ferait, pendant trois jours, des processions et des prières dans la capitale du monde chrétien. Il célébra lui-même l’office divin , distribua des aumônes , et se rendit les pieds nus et la tête découverte dans l’église des Saints- Apôtres (1).
Sadolet, secrétaire du Saint-Siège , l’un des favoris les plus distingués des Muses , et qui , au jugement d’Érasme , avait, dans ses écrits , l’abondance et la manière de Cicéron, prononça, en présence du clergé et du peuple romain , un discours (2), dans lequel il célébra le zèle et l’activité du souverain pontife , l’empressement des princes chrétiens à faire la paix entre eux, le désir qu’ils témoignaient de réunir leurs forces contre les Turcs: « L’orateur rappelait, à son auditoire,
» l’empereur d’ Allemagne et le roi de France , glo- » rieux appuis de la chrétienté ; l’archiduc Char- » les, roi de Castille, dont la jeunesse montrait » toutes les vertus de l’âge mûr; le roi d’Angleterre,
» invincible défenseur de la foi; Emmanuel, roi » de Portugal , toujours prêt à sacrifier ses propres
(1) Cette circonstance est attestée par l’historien Belcaire. Les lettres que Léon X publia le 9 des calendes d'avril i5i8 en font aussi mention.
(2) Voyez dans les œuvres de Sadolet le discours dont nous 11c donnerons ici qu’un court extrait.
4fG HISTOIRE DES CROISADES.
iS » intérêts à ceux de l’Eglise; Louis II, roi de » 1 longrie , et Sigismond , roi de Pologne : le prc- » inici’) jeune prince, l’espérauce des chrétiens; » le second , digne d’être leur chef; le roi de « Danctnarck , dont l’Europe connaissait le déi> vouement à la religion; Jacques, roi d’Ecosse, » que les exemples de sa famille devaient retenir » dans le chemin de la vertu et de la gloire.
» Parmi les états chrétiens, sur lesquels l’huma- -» nité et la religion devaient placer leurs espéran- » ccs , Sadolet n’oubliait point la nation helvétique, » nation puissante et belliqueuse, qui brûlait d’un » si grand zèle pour la guerre contre les Turcs , » que ses nombreux soldats étaient déjà prêts à » marcher, et n’attendaient que le signal du chef » de l’Eglise. L’orateur sacré finissait par une » apostrophe véhémente à la race des Ottomans , » qu’il menaçait des forces réunies de l’Europe, « et par une invocation à Dieu , qu’il conjurait » de bénir les armes de tant de princes , de tant » de peuples chrétiens , afin que l’empire du » monde fût arraché à Mahomet, et que les louan- » gesde Jésus Christ pussent enfin retentir du midi » au septentrion et de l’occident à l’orient. »
Léon X était sans cesse occupé de la croisade qu’il avait prêchée ; il consultait les habiles capitaines, prenait des informations sur la puissance des Turcs , sur les moyens de les attaquer avec avantage. Ce qui montre combien on était loin alors de l’esprit et de la dévotion des premiers croisés , c’est que le pontife , dans ses lettres aux