‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 220 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

princes et aux fidèles , disait que Jes prières ne suf- i lisaient point pour vaincre les barbares, et qu’on ne pouvait espérer de succès pour la croisade qu’en levant des armées formidables, qu’eu marchant contre l’ennemi avec toutes les forces réunies du monde chrétien (i). De concert avec les principaux états de la chrétienté , il arrêta enfin le plan de la guerre sainte (a) ; l’empereur d’Allemagne s’engageait à fournir une armée à laquelle se joindrait la cavalerie hongroise et polonaise , et traversant la Misie et la Thrace, il devait attaquer les Tu rcs en-deçà et au-delà du mont Hémus. Le roi de France, avec toutes ses forces, avec celles des Vénitiens et de plusieurs états d’Italie, avec seize mille Suisses, devait s’embarquer à Brin- . des et descendre sur les côtes de la Grèce, tandis que les Hottes d’Espagne , de Portugal et d’Angleterre partiraient de Carthagène et des ports voisins , pour transporter les troupes espagnoles sur les rives de l’Hellespont. Le pape se proposait de s’embarquer lui-même au port d’Ancône, pour se rendre sous les murs de Constantinople , rendez-vous général de toutes les forces chrétiennes.

* Ce plan était gigantesque, et jamais l’empire ottoman n’aurait couru de plus grands dangers , si d’aussi vastes desseins avaient pu être mis à exécu-

(i) On peut voir cette opinion du pape dans Fabioni , Vita Leonis X , pag. 73.

(2> Ce plan de campagne nous a été transmis par l’iiistoricn Belcdirc , évêque de Metz.

»5i8 lion. Mais les monarques chrétiens purent à peine observer , pendant quelques mois , la trêve proclamée par le pape, et qu’ils avaient acceptée: chacun d’eux s’était engagé à fournir pour la croisade des troupes qui leur devenaient chaque jour plus nécessaires dans leurs propres états, qu’ils voulaient agrandir ou défendre. La vieillesse de Maximilien , la vacance prochaine du trône impérial , tenaient alors toutes les ambitions dans l’attente de quelques grands changemens : bientôt la rivalité de Charles-Quiut et de François Ier. ralluma la guerre en Europe, et la chrétienté , troublée par les querelles des princes , ne songea plus qu’elle pouvait être envahie par les Turcs.

Au reste, ces dissensions politiques ne furent pas le seul obstacle à l’exécution des projets de Léon X. Une autre difficulté naissait de la levée des décimes. Partout le clergé paraissait avoir la même indifférence que les princes pour des guerres qui le ruinaient. Les peuples craignaient de voir leurs aumônes employées à des entreprises qui n’avaient point pour objet le triomphe de la religion. Le légat du pape en Espagne s’adressa d’abord aux Aragonais , qui répondirent par un refus formel , exprimé dans un synode national. Le cardinal Ximenès déclara , au nom du roi de Castille, que les Espagnols ne croyaient point aux menaces des Turcs, et qu'ils ne donneraient point d’argent avant que le pape eût positivement annoncé l’emploi qu’il en voulait faire. Si les dispositions et les volontés de la cour de Rome trouvèrent moins de résistance

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