LIVRE XX
ou billets d’absolution et d’indulgences ; que ces billets, signés par un notaire, seraient envoyés au commissaire-général, qui les scelleroit du scel en- «
voyc par le roi, et qu’on y laisserait une place en blanc pour écrire le nom de celui ou de celle qui voudrait se les procurer. L’instruction royale ajoutait que le commissaire ferait bien et honnestement accoustre son tronc, au milieu duquel serait une belle et grande croix , en laquelle on escriroit , en grosses et belles lettres, in hoc signo vinces.... Pour que rien ne manquât de ce qui pouvait émouvoir le peuple à dévotion , il était, en outre, ordonné de faire des processions solennelles , et d’y porter une belle bannière où seraient, d’un côté, les portraits du pape et du roi de France, de l’autre, des peintures pleines de Turcs et autres infidèles.
Une circonstance qui devait animer le zèle des fidèles , et que rapportent les lettres-missives du roi , c’est une incursion de quelques Musulmans d’Afrique dans les îles d’Hières et sur les côtes voisines de Toulon et de Marseille. Nous vous avertissons , disaient les lettres-patentes adressées aux commissaires de la croisade, nous vous avertissons , pour le faire savoir et prêcher , que puis naguères les Maures et barbares, infidèles et ennemis de notre divine foi, ont couru et sontvenusà grosse puissance jusques et isles de notre comté de Provence (1),
(1) Le pape et Gènes avaient réuni plusieurs vaisseaux à la Hotte de François Icf. pour chasser les barbares. Le roi
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i5»8 où ils ont prias } ravi et emmené plusieurs chrétiens , pour les tourmenter et livrer à martyre.
On ne se borna point sans doute à prêcher la guerre sainte dans le diocèse de Toulouse ; nous n’avons aucun document ni aucune tradition écrite sur la prédication qui dut se faire en même temps dans les autres provinces du royaume ; mais tout nous porte à penser que la crainte d’une invasion, l’éloquence des prédicateurs, ^exemple et lesavertissemens du roi, la pompe des cérémonies religieuses , n’excitèrent que faiblement la pieuse libéralité des peuples. Si nous en croyons les procès-verbaux et les comptes rendus qui nous restent, les dépenses qu’occasionnèrent la préd icalion de la guerre sainte et la distribution des indulgences pontificales, n’étaient pas loin d’égaler la somme à laquelle se montaientles offrandes desfidèles. Rien ne prouve mieux que la dévotion des croisades s’affaiblissait chaque jour davantage ; et c’est ce qui peut aussi nous faire voir l’exagération de beaucoup de plaintes qui s’élevaient alors sur l’emploi des deniers amassés au nom des chefs de l’Église et pour les frais de la guerre sainte. Comme on faisait toujours beaucoup de bruit de ces sortes de prédications , et que les troncs des églises restaient souvent vides, on s’en prenait aux prédicateurs; on les accusait d’avoir dissipé l’argent qu’ils n’avaient pas reçu. Au reste ,
avait nomme pour commandans de cette flotte le comte Peler de Navarre et frère Bernardin de Vaulx. ( Voyez les Pièces justificatives de ce volume. )