‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 223 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

plus 1*6 peuples étaient portés à lu défiance, plus i5tlf on doit applaudir aux précautions qu’on avait prises. Les dépenses de la prédication ou du jubilé pouvaient être quelquefois augmentées par ces précautions mêmes ; mais on avait calmé les esprifs , et c’était beaucoup; pour tout ce qui concernait la perception et l’emploi des deniers de la croisade, comme pour beaucoup d’autres choses, l’autorité du roi avait d’autant plus besoin d’exercer une surveillance sévère , que ceux qui recevaient les offrandes des chrétiens n’avaient pas toujours été gens de bonne conscience et hors de suspicion , et que parmi les orateurs de la Terre-Sainte, il s’en trouvait toujours quelques-uns qui montraient plus de zèle que de prudence , et dont les prédications étaient un véritable sujet de scandale. Comme la plupart d’entre eux recevaient un salaire proportionné à la quantité d’argent versée dans les troncs des églises , plusieurs 11c manquaient point d’exagérer les promesses du souverain pontife et les privilèges accordés aux dons de la charité (1). Ainsi , pour nous résumer, nous dirons que celte prédication , ordonnée par le pape et par le roi , n’a-

(1) L’histoire nous rapporte l'exemple d’un prédicateur qui fit entendre dans ta chaire évangélique cette maxime condamnable : Lorsqu'une pièce de monnaie est remise au tronc de la croisade pour la délivrance d'une âme du purgatoire , aussitôt cette âme se trouve délivrée et s'envole vers le ciel. La Faculté de théologie de Paris censura cette proposition comme contraire aux dogmes de l’Eglise.

i5ig vança pas beaucoup les affaires de la croisade, mais que du moins la sagesse prévoyante du gouvernement et la prudence des chefs de l’Eglise gallicane prévinrent de grands désordres dans le royaume. Il n’en fut pas de même en Allemagne , où les esprits étaient portés au plus haut point d’irritation et de mécontentement j où des semences de trouble et d’hérésie commençaient à se développer jusque dans le sein du clergé.

On a pu voir jusqu’ici combien la cour de Rome se montrait chaque jour plus facile à ouvrir le trésor des indulgences pontificales. Dans les premiè- ' res expéditions d’Orient, ces indulgences n’étaient accordées qu’aux pèlerins de la Terre-Sainte ; on les accorda ensuite à ceux qui fournissaient à l’entretien des croisés. Plus tard, on les accorda aux fidèles qui écoutaient les sermons des prédicateurs de la croisade , quelquefois même à ceux qui assistaient à la messe des légats du pape. LéonX imagina de les accorder non seulementà ceux qui, par leurs aumônes (i), fourniraient aux frais de la guerre contre les Turcs, mais à tous les fidèles dont la pieuse libéralité contribuerait aux dépenses nécessaires pour achever la construction de l’église de St. -Pierre, commencée par son prédécesseur Jules IL Quoique cette destination eût quelque chose de noble , de véritablement utile , quoiqu’elle fût digne, en quelque sorte, d’un siècle où les arts jetèrent un grand éclat, beaucoup de chrétiens, sur-

(>) Ou peut consulter ici l 'Histoire ecclésiastique de Fleury.

tout en Allemagne, n’y virent d’abord qu’un abus 1020 «le l’autorité pontificale , et plusieurs disaient que pour bâtir l’église de St.-Pierrc la cour do Rome démolissoit l’église de Jésus-Christ.

Albert, archevêque de Mayence, chargé de nommer les prédicateurs du jubilé et les distributeurs des indulgences pontificales, nomma pour la Saxo les frères prêcheurs ou Dominicains, à l’exclusion des frères mineurs ou Augustins, qui avaient quelquefois rempli ces sortes de missions. Ces derniers se montrèrent jaloux de la préférence ; et comme on n’avait pris aucune précaution, ni pour prévenir les effets de cette rivalité , ni pour arrêter les abus qui pourraient se commettre, il arriva que les Augustins censurèrent avec amertume la conduite , les mœurs, les opinions des Dominicains, et que ceux-ci ne justifièrent que trop les plaintes de leurs adversaires.

Luther , religieux augustin , se fit connaître dans ces violentes querelles , et s c distingua par la chaleur de son éloquence (1) ; il s’éleva vivement contre les prédicateurs qu’on avait choisis pour recueillir les tributs des fidèles , et parmi les pro-

(1) Quelques écrivains ont prétendu, contre l’opinion de Bossuet et de David Hume, que Luther n’avait point etc entraîné dans son opposition par un motif de jalousie et par un sentiment d’amour-propre. Malgré leurs objections, le fait est resté démontré. Le savant Moshein n’a pas jugé à propos , dans son histoire, de justifier Luther sur ce point, qui est d’ailleurs de peu d’importance.

ij2o positions qu’il débita en chaire , l’histoire nous ^ conservé celle-ci , qui fut censurée par Léon X : C’est un péché de résister aux Turcs , attendu que la Providence se sert de cette nation infid'ele pour visiter les iniquités de son peuple. Cette étrange maxime s’accrédita parmi les partisans de Luther ; et lorsque le légat du pape demanda dans la diète de Ratisbonne la levée des décimes destinées à la croisade, il trouva une vive opposition. De toutes les parties de l’Allemagne, il s’éleva des murmures et des plaintes. On compara la cour de Rome au berger infidèle qui tond les brebis confiées à ses soins ; on l’accusa de dépouiller les peuples crédules, de ruiner les nations et les rois , d’accumuler sur les chrétiens plus de misères que ne pouvait leur en causer la domination des Turcs.

Depuis plus d’un siècle, ces sortes d’accusations retentissaient en Allemagne, chaque fois qu’on levait des deniers pour les croisades ou qu’un tribut quelconque était imposé aux chrétiens par le souverain pontife. Les réformateurs profitèrent de celte disposition des esprits pour répandre des idées nouvelles et tenter une révolution dans l’Église. Chez une nation portée par son génie et son caractère aux idées spéculatives, les nouveautés philosophiques et religieuses devaient trouver plus qu’ailleurs de chauds partisans et d’ardens apôtres. 11 faut ajouter que l’Allemagne était un des pays de la chrétienté que la cour de Rome avait le moins épargnés dans sa toute-puissance , et que

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