LIVRE XX. 4Gi
Ire de conciliateur, ne fit qu’animer contre lui la i5aa haine et la colère de Charles-Quint. Au milieu de ces divisions on oublia les chevaliers de Rhodes , et ce ne fut que dix ans après la conquête de Soliman que ces nobles guerriers purent obtenir de l’empereur le rocher de Malte (i) , où ils devinrent encore la terreur des M usulmans.
Tandis que l’Europe était ainsi troublée , le conquérant de Rhodes et de Belgrade reparaissait menaçant sur les rives du Danube. Louis II chercha à ranimer le patriotisme des Hongrois, et fit revivre l’ancien usage d’exposer en public un sabre ensanglanté , signal de la guerre et des périls de la patrie. Les exhortations du monarque, celles du clergé , l’approche de l’ennemi , ne purent apaiser les discordes nées de l’anarchie féodale et des longs malheurs de la Hongrie. Le monarque hongrois ne put rassembler que vingt-deux mille hommes sous l’étendard de la croix.
Ces vingt-deux mille chrétiens, commandés par un prélat, avaient à combattre une armée de cent mille Ottomans ; et ce fut l’armée hongroise qui , d’après l’avis des évêques , présenta la bataille aux infidèles (2). Ce qu’il y a de remarquable dans les
(1) L’îledc Malte fut offerte aux Hospitaliers en 1527 par le pape Clément VII et l’empereur Charles-Quint; mais ce ne fut qu’en i53o qu’ils la possédèrent. (Voyez la note du P. Mansi , Annales eccldsiast., tom. xxx, pag. 585. )
(2) Les historiens contemporains s'accordent à dire que Soliman ayant conduit avec une incroyable célérité près de
4 fia HISTOIRE DES CROISADES.
i5a3 guerres saintes, c'est qu’on peut reconnaître presque toujours l’ascendant du cierge' à la témérité des entreprises. La persuasion où étaient les ecclésiastiques qu’ils combattaient pour la cause de Dieu , leur ignorance de la guerre, les empêchaient de voir les périls , ne leur permettaient point de douter de la victoire, et leur faisaient souvent négliger les moyens de la prudence humaine. Ce fut dans la confiance d’un succès miraculeux que l’archevêque de Colotza n’hésita point à livrer le combat décisif de Mohas. Le clergé qui l’accompagnait anima les combattans par ses discours , et donna l’exemple de la bravoure ; mais l’enthousiasme religieux et guerrier ne put triompher du nombre : la plupart des prélats reçurent dans la mêlée la palme du martyre. Dix-huit mille chrétiens restèrent sur le champ de bataille. Ce qu’il y eut de plus malheureux , Louis II disparut et périt dans la déroute générale, laissant son royaume livré aux factions et ravagé par les Turcs (i).
deux cent mille hommes en Hongrie, le roi Louis voulut, contre l’avis des gens sages et expérimentés , livrer combat avec vingt-six mille hommes , et ne put se résoudre à attendre quarante mille Transylvaniens qui venaient d’Illyrie. ( Voy. les Annales hongroises , Sansovinus in Bell. Turc. ; Nicolas Istuanfius , liv. vin ; Naucler, etc. )
(i) Le roi fut tué en essayant de traverser un ruisseau bourbeux. La prise de la ville de Bude par Soliman fut le fruit de sa victoire. (Istuanfius, liv. vin.)
Zapoli , un des nobles Hongrois, fut nommé roi de Hongrie; Ferdinand , frère de Charlcs-Quint, qui avait épousé