‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 229 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

met que la tiare du pontife de Rome; les uns, «53o poussés par un esprit de fatalisme qu’on trouve à peine dans le Coran, soutenaient que Dieu avait jugé la Hongrie, et que le salut de ce royaume n’était point au pouvoir des hommes ; d’autres ( les millénaires ) annonçaient avec une joie fanatique J’approche du jugement dernier; et tandis que les prédicateurs de la croisade exhortaient les Allemands à défendre la patrie, l’orgueil jaloux d’une secte impie invoquait les jours de la désolation universelle.

Soliman venait d’entrer en Hongrie à la tête d’une puissante armée ; et comme il ne trouvait plus d’ennemis à combattre , il s’avança jusque dans l’Allemagne ; la capitale de l’Autriche , assiégée par les Turcs, ne dut sonsalut qu’au débordement du Danube , au courage de sa garnison , et , si l’on en croit quelques historiens, à l’infidélité du grand visir, gagné par l’argent des chrétiens. Au signal du péril, l’empereur fit avancer ses troupes; mais toujours préoccupé de la pensée d’étendre son empire en Italie , il s’arrêta tout-à-coup dans les plaines de Lintz, et ne s’occupa point de poursuivre les Turcs qui se retiraient, traînant avec eux trente mille captifs. Dans le même temps, une flotte espagnole , commandée par Doria, parcourut la mer de l’Archipel, sans remporter aucun avantage sur la marine turque ; et cette expédition se borna à la prise de Coron et de Fatras, qui furent bientôt rendues aux Ottomans.

Les démarches et les conseils paternels du pape

4G8 histoire des croisades.

i53o ne purent ranimer l’enthousiasme d’une guerre sainte, non seulement en Allemagne , mais même parmi les Hongrois. Ferdinand , frère de Cliarles- Quint, que la puissance impériale avait fait déclarer roi de Hongrie, et le comte Zapoli , palatin de Transylvanie, qui, avec la protection des Turcs, régnait sur les ruines de son pays , se disputaient ce malheureux royaume, maltraité à-la-fois par ses ennemis et par ses alliés. Soliman, maître de Bude, ravageait toutes les provinces et faisait de grands préparatifs. On convoqua plusieurs diètes, pour délibérer sur les moyens d’arrêter l’invasion des armées ottomanes; et, ce qui ne montre que trop la malheureuse disposition des esprits à cette époque, dans une assemblée tenue à Vienne pour la croisade contre les Turcs, on ne s’occupa que de réprimer la licence des écrits et de contenir le rapide essor de l’imprimerie, dont l’usage se répandait partout (i) , et qu’on accusait d’être l’auxiliaire de la

(i) On publia tant d’écrits à cette époque, et parmi ces écrits , il y en avait qui parurent si dangereux, que dans la diète convoquée à Vienne, en i53o, on rendit un décret par lequel on ordonnait la censure des livres. En voici le considérant : Postquam etiam per ordinatam lypographiam hactenus multum mali subortum est. Le décret de la diète ordonne ensnite aux électeurs et aux princes, et à tous les états de l’empire, de veiller à ce qu’aucun livre, peinture ou nouveauté quelconque, ne se vendît en secret ou publiquement , nisi prius per personnas prudentes ad hoc ab ecclesiasticis vel sccularibus magistratibus deputatis , notas impressoris nomma et agnomina ac etiam locus ubi

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