‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 232 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

les pirates, fléau des eûtes de l’Italie et de l’Es- i pagne. Malgré les avertissemens des hommes les plus expérimentés, il ne craignit point de s’embarquerdans la saison des pluies et des orages. A peine était-il descendu sur la côte del’ancienne Numidie, que son armée et sa flotte disparurent dans une tempête qui ébranla la mer et la terre (i). Après avoir couru les plus grands dangers pour sa vie, il revint presque seul en Europe , où ses ennemis (a), et surtout le pape, l’accusèrent d’avoir laissé sans défense l’Allemagne et même l’Italie , menacées plus que jamais par Soliman (3).

Alors retentirent en Europe de nouveaux cris d’alarme; et parmi ceux qui exhortaient les peuples à combattre les Turcs , on entendit la voix de Martin Luther. Dans un livre intitulé : Prière contre le Turc (4) , le réformateur condamnait l’in-

(1) Charles perdit plusieurs vaisseaux et un grand nombre de bâlimens de transport. (Voyez sur cette seconde expédition l’historien Paul Jove, et Y Histoire de Charles- Quint , par Robertson , à l’année 1 54 1 • )

(a) Ce fut après celle expédition que Charles-Quint envoya au fameux Arclin une épée enrichie de diamans. Tout le monde sait que le satirique jugea de l’énormité de la faute par la valeur du présent.

(3) Les Turcs assiégèrent Otrante et ravagèrent les côtes de la Pouille. Us firent une expédition contre l’île de Corfou. Un orage, accompagné de grêle qui tua les hommes et les animaux , les força de se retirer.

(4) Les écrivains du tèmps , tels qu’Ulembcrg Surius , Jean Fabcr cl Cœlus, ne manquèrent pas d’accuser le réformateur des maux que scs premiers écrits avaient causés

i543 différence des peuples et des rois, et conseillait aux chrétiens de résister aux Musulmans, s’ils ne voulaient être conduits en captivité comme l’avaient été autrefois les fds d’Israël. Dans une formule de prière qu’il avait composée il s’exprimait ainsi : « Lève-toi , Seigneur , grand Dieu , et sanctifie ton nom que tes ennemis outragent ; affermis ton règne qu’ils veulent détruire , et ne souffre pas que nous soyons foulés aux pieds par ceux qui ne veulent pas que tu sois notre Dieu. »

Plusieurs fois des murmures s’étaient élevés contre Luther, qu’on accusait d’avoir affaibli par scs doctrines le courage des Allemands. Quelque temps avant l’époque dont nous parlons, il avait déjà publié une apologie dans laquelle , sans désavouer la fameuse proposition censurée par le pape , il donnait à ses paroles un autre sens que celui que leur donnait la cour de Rome. Toutes ses explications , qu’il n’est pas facile d’analyser, se réduisent à la distinction qu’il fait entre l’autorité civile et l’autorité ecclésiastique (1). C’est à la première, dit

à la chrétienté, en faisant naître l'indifférence sur les progrès des Turcs, indifférence que lui-même condamnait alors.

(1) Quoique le chef de la réforme exigeât les qualités d’un parfait chrétien dans les guerriers appelés à combattre les Musulmans , et qu’il puisât tous les motifs de sa prédication dans la religion du Christ, l’étendard de la croix dans une armée chrétienne lui causait , disait-il, plus d’horreur que l’aspect du démon. On devine facilement le véritable motif de son extrême répugnance pour une croisade :

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