‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 233 sur 276 · LIVRE XX. 47r · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 47r

le réformateur, qu’il appartient de combattre les t Turcs; le devoir delà seconde est d’attendre, do se soumettre, de prier et de gémir. 11 ajoutait que la guerre n’était point l’affaire des évêques , mais celle des magistrats ; que l’empereur, dans celte circonstance , devait être considéré comme le chef de la confédération germanique , et non point comme le protecteur de l’Eglise, ni comme le soutien de la foi chrétienne , titre qu’on no pouvait donner qu’à Jésus-Christ. Toutes ces distinctions avaient sans doute quelque chose de raisonnable, et l’opinion de Luther sur l’autorité civile , quoiqu’il ne l’eût adoptée que pour l’opposer à la puissance pontificale, aurait obtenu l’approbation des esprits éclairés, s’il u’y avait mêlé des erreurs graves et s’il n’eût mis à la soutenir tout l’emportement de l’orgueil irrité.

Non content de cette apologie , qui avait pour titre: De lu guerre contre les Turcs (i) , Luther ,

c’est qu’une croisade semblait devoir appeler le concours du pape, et que le concours du pape dans une guerre qui intéressait la chrétienté , était ce que Luther redoutait le plus au monde. Il avait tant d’aversion pour la cour de Rome, que, dans son écrit, il se demande si on doit faire la guerre au pape comme au Turc; et, dans l’excès de sa haine, il n’hésite point à répondre : A l’un comme à Vautre.

(i) Luther composa trois ouvrages sur ce sujet; le premier a pour titre : Dissertation sur la guerre contre les Turcs. Ilcstdédié à Philippe, landgrave de Hesse, et porte la date de i5u8. Le second est un Discours militaire contre les Turcs , année 1 5'if). Le troisième est une Exhuiiution à la guerre contre les Turcs.

i543 deux ans après le siège de Vienne , avait publié un autre ouvrage intitule : Discours militaire , dans lequel il invitait aussi les Allemands à prendre les armes. Ce second discours commence , comme le premier , par des distinctions et des subtilités tliéologiqucs , par des déclamations contre le pape et les évêques, par des prédictions sur la prochaine fin du monde et sur la puissance des Turcs, que l’auteur trouve clairement annoncées dans Daniel. Quoiqu’il s’efforce deprouver , comme dans son premier écrit, que la guerre contre les Musulmans n’est point une guerre religieuse , mais une entreprise toute politique ,il n’en promet pas moins les palmes du martyre à ceux qui mourront les armes à la main. 11 représente cette guerre comme agréable à la Divinité, et comme le devoir d’un véritable disciple de l’Évangile. « Ton bras et » ta lance, dit-il au soldat chrétien, seront le - « bras et lalance de Dieu. En immolantles Turcs,

» tu ne verseras point le sang innocent , et le » monde te regardera comme l’exécuteur des ar- » rets de la justice divine, car tu ne feras que tuer » ceux que Dieu même a condamnés. » On peut juger combien ce genre de prédication diffère de celui des orateurs qui prêchaient la croisade dans les siècles précédens. Dans la seconde partie de son discours , le chef de la réfor me s’adresse aux diverses classes de la société : à la noblesse , qui se perd dans le luxe et les plaisirs, et pour laquelle l’heure des combats est enfin venue ; aux bourgeois et aux marchands, long-temps adonnés à l’ usure

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