‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 234 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

et à la cupidité, aux ouvriers et aux paysans qu’il accuse de tromper et de voler leur prochain. Le ton du prédicateur est plein d’une excessive dureté il parle comme un homme qui n’est pas fâché des malheurs qui vont arriver , par la raison qu’il les a prédits, et qu’on a dédaigné ses avertissemens. Il dit avec une sorte de satisfaction, qu’après les jours de la joie et de la débauche , après le temps des fêles et des plaisirs , vient le temps des pleurs, des misères et des alarmes. 11 finit par une apostrophe véhémente , adressée à tous ceux qui resteront sourds à sa voix , et que l’ennemi trouvera sans défense : « Écoutez main- » tenant le diable dans le Turc , vous qui ne vou- » liez pas écouter Dieu dans Jésus-Christ : le Turc » brûlera vos demeures -, il enlèvera vos bestiaux » et vos moissons ; il outragera, il égorgera sous » vos yeux , vos femmes et vos filles ; il empalera » vos petits enfans avec les pieux même de la » haie qui sert de clôture à votre héritage ; il » vous immolera vous-mêmes, ou vous emmè- » liera en Turquie pour vous exposer au marché » comme un vil bétail ; c’est lui qui vous ap- » prendra ce que vous aurez perdu et ce que » vous auriez dû faire. C’est au Turc qu’il appar- » tient de soumettre la noblesse superbe , de ren- » dre la bourgeoisie docile , de châtier et de domp- » ter le peuple grossier (i). »

(i) Luther donne ensuite son avis sur la manière de faire la guerre aux Turcs ; il veut qu’on se défende jusqu’à la

48 A-peu-près dans le même temps le célèbre Érasme publia un écrit sur la question de savoir si on devait faire la guerre aux Turcs (i). On trouve dans cet écrit quelque chose de celle philosophie rêveuse et chagrine qui était l’esprit de la réforme j mais Érasme s’y abandonne avec moins de violence et d’amertume que Luther ; il attribue les malheurs qui désolaient le monde à la corruption des mœurs et des esprits, et regarde les progrès toujours croissans des Turcs , comme le dernier châtiment que le ciel réservait aux chrétiens dégénérés. Après avoir peint à grands traits la tyrannie des barbares , de ce peuple sans loi et sans Dieu , Érasme combat tour-à-lour, et ceux qui voulaient qu’on fit toujours la guerre aux Turcs , et ceux qui voulaient qu’on ne la leur fit jamais. Sans doute que la Providence irritée envoyait ellemême aux chrétiens cette nation cruelle ; mais en résistant aux Turcs , on ne désobéissait pas plus à Dieu que lorsqu’on invoque les secours des médecins pour guérir les maladies que le ciel nous envoie. Érasme veut , comme Luther , qu’on se

mort, qu’on ravage tous les pays où l’ennemi doit passer ; il termine son discours en adressant des consolations à ceux qui tomberont entre les mains des Turcs, et leur trace un pian de conduite pour le temps de leur captivité citez les intidèles.

(1) L’écrit d’Érasme est intitulé : Ullissi/na consullalio de belle Turcis inferendo. Il est daté de Fribourg en Brisgau, le 17 mars de l’année i53o.

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