LIVRE XX. 48t
suite des croisades, acheva d’éteindre cet enlhou- , siasme religieux qui arma tant de fois l’Occident, d’abord contre les Sarrasins , et ensuite contre les Turcs.
Le nom des Turcs fut encore prononcé dans les diètes d’Allemagne et dans le concile de Trente ; mais on ne prit aucune mesure pour leur faire la guerre. Dès-lors il ne se passa plus rien, flans la Hongrie etdans l’Orient, qui put fixer l’attention du monde chrétien. Le seul événement surlequel l’Europe eut encore les yeux attachés , fut la défense de Malte contre toutes les forces de Soliman (i).
Cette défense augmenta la réputation de l’ordre militaire de Saint-Jean. Le port de Malte devint le seul abri des vaisseaux chrétiens , sur la route qui conduit aux côtes de l’Egypte , de la Syrie et de la Grèce. Les corsaires de Tunis et d’Alger , tous les pirates qui infestaientla Méditerranée, tremblèrent à l’aspect du rocher de Malte et des galères où flottait l’étendard de la croix. Cette colonie militaire, toujours armée contre les infidèles, sans cesse renouvelée par la noblesse belliqueuse de l’Europe, nous offre, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, une image
(i) Le siège de rite de Malte eutlieu en i565.Les trois plus habiles generaux turcs, Mustapha, I’iali et Dragut, commandaient la Hotte, qui, au rapport de Surius, était composée de plus de 2i|0 vaisseaux de toute grandeur. Après trois mois de siège, Dragut fut tué, et Mustapha obligé de se retirer. LesTurcs, suivant le même historien, perdirent plus de vingt mille hommes.
j!ïG(> vivante «le i'ant irjue chevalerie et <le l'époque lie— roîquc des croisades. Nous avons raconté l’origine de cet ordre illustre; nous l’avons suivi dans ses jours de triomphe, da /s ses revers plus glorieux encore que ses victoire Nous ne dirons point par quelle révolution il est tombé (i); comment il a perdu cette île, qui lui avait été donnée comme le prix de la bravoure, et qu’il défendit pendant plus Je deux conls ans contre les forces ottomanes et les barbares d’Afrique.
Tandis que les Turcs échouaient devant l'ilc de Malte, Soliman poursuivait la guerre en Hongrie. Il mourut sur les bords du Danube , au milieu de ses victoires contre les chrétiens (2). La chrétienté aurait dû sc réjouir de sa mort , comme elle s’était réjouie autrefois de colle de Mahomet II. Sous le règne de Soliman Ier., qui lut le plus grand prince de la dynastie ottomane, non seulement les Turcs avaient envahi une parti de l’empire germanique, mais leur marine , secondée par le génie de Barberousse et de Dragut , faisait des progrès qui devaient alarmer toutes les puissances maritimes de l’Europe. Séliin II, qui lui succéda, n’avait ni les qualités ni le génie de la plupart de ses prédécesseurs, mais il n’eu suivait pas moins leurs projets de conquêtes. Les Ottomans, maîtres des côtes de la
(1) Voyez dans les Pièces justificatives une notice sur la prise de Malte, par Buonapartc.
(a} Soliman mourut au siège de Sigetli en i5GG.