LIVRE XK
Grèce, de la Syrie et de l’Afrique , voulurent i5-0 ajouter à leur empire le royaume de Chypre (i), que possédaient alors les Vénitiens.
Après un siège de plusieurs mois, l'armée ottomane s’empara des villes de Famagouste et de Nicosie (2). Les Turcs souillèrent leurs victoires par des cruautés sans exemple. Les plus braves défenseurs de l'ile de Chypre expièrent dans les supplices la gloire d’une résistance opiniâtre , et l’on peut dire que ce furent les bourreaux qui achevèrent la guerre. Cette barbarie des Turcs excita l’indignation des peuples chrétiens , et les nations maritimes virent avec effroi une invasion qui tendait à fermer au commerce européen les chemins de l’Orient.
A l’approche du péril, le pape Pie V avait exhorté les puissances chrétiennes à prendre les armes contre les Ottomans. Une confédération s’était formée, dans laquelle entrèrent la république de Venise, le roi d’Espagne Piiilippc II, et le pape
(1) Dès le temps de son père, Sélim avait envie d’enlever aux Vénitiens l’ile de Chypre , qui produit d’excellent vin. Eu 1570, il envoya déclarer au séuat de Venise ses prétentions sur celte île, et le dessein où il était de les faire valoir. Les Vénitiens se préparèrent à la guerre, et implorèrent le secours des princes chrétiens, f Voy. 1 ’Hist. Univ. dcThou, lie. xuxj et Calchondyles , Histoire des Turcs, tom. 11 , liv. xv. )
(2) Nicosie fut prise au bout de quarante-huit jours de siège en 070; Famagouste, réduite à ladisette, fut forcée de capituler en 1571. ( Ibid. )
i5ni lui-même, toujours prêt à donner à ses prédications l’autorité de son exemple (i). Une flotte nombreuse, armée pour défendre l’îlc de Chypre, arriva trop tard dans les mers de l’Orient , et ne put servir qu’à réparer la houle des armes chrétiennes. Cette flotte, commandée par don Juan d’Autriche , rencontra celle des Ottomans dans le golfe de Lépante. C’est dans cette mer qu’Auguste et Antoine s’étaient disputé l’empire romain. La bataille qui s’engagea entre les chrétiens et les Turcs rappelait quelque chose de l’esprit et de l’enthousiasme des croisades. Avant de commencer le combat, don Juan fit arborer sur son vaisseau l’étendard de Saint-Pierre, qu’il avait reçu du pape, et l’armée salua par des cris de joie ce signe religieux de la victoire. Les chefs des chrétiens parcouraient les rangs dans des barques, exhortant les soldats à combattre pour la cause de Jésus-Christ. Tous les guerriers, se jetant à genoux, implorèrent la protection divine , et se relevèrent pleins de confiance dans leur bravoure et dans les miracles du ciel.
(i) Cette confédération , commencée en 1570, et traversée chaque jour par de nouvelles difficultés, fut enfin * conclue en 1571, au Vatican, sur le modèle de celle qui fut faite du temps de Paul III j c’est-à-dire qu’elle devait être perpétuelle et non limitée à un certain temps. Philippe II fit déférer le commandement de la Hotte combinée à Juan d’Autriche, son frère bâtard, et Marc-Antoine Colonne fut choisi par le pape pour remplacer don Juan en cas d’absence. (Voy. de Thon , liv. xlix.)