LIVRE XX
Aucune bataille navale (t), dans l’antiquité, ,571 n’est comparable à celle de Lépante, dans laquelle les Turcs combattaient pour l’empire du monde, les chrétiens pour la défense de l’Europe. Le courage et l’habileté de don Juan et des autres chefs, l’intrépidité et l’ardeur des soldats, la supériorité des Francs dans la manœuvre des vaisseaux et dans l’artillerie , firent remporter à la Hotte chrétienne une victoire décisive. Deux cents vaisseaux ennemis furent pris , brûlés ou coulés à fond. Les débris de la (lotte turque, en annonçant la victoire des chrétiens, portèrent la consternation sur toutes les côtes de la Grèce et dans la capitale de l’empire ottoman.
Ce fut alors que Sélim effrayé (2) fit bâtir le cliâ-
(1) Sur la bataille de Lépante, lisez l’Histoire de M. de Thou, livre l, et la continuation de YHist. ccclésiast. de Fleury , a l'année 1571.
(a) Au sentiment de crainte qu’éprouva l’empereur des Turcs, se mêla aussi un sentiment d'admiration pour le vainqueur. On conserve à la Bibliothèque du Roi un manuscrit de Pierre Dupuis, sous le n°. 429 , dans lequel est une lettre de Sélim , adressée à don Juan, quelque temps après la bataille de Lépante. L’empereur turc y dit qu’il n’a point h dédain de visiter la vertu d’un jeune homme très généreux , qui a été le seul qui ait donné commencement aux pertes et dommages que jamais la maison des Ottomans ait sentis et reçus des chrétiens ; ce qui l’a invité à lui rendre , par les dons et présens qu’il lui envoie , ample et illustre témoignage de sa vertu.
A la suite de cette lettre se trouvent la liste des presens
1 59 1 teau des Dardanelles, qui défend encore aujourd’hui l’entrée du canal de Constantinople. Le jour meme où fut livrée la bataille , le toit du temple de la Mecque s’écroula, et les Turcs crurent voir dans cet accident un signe de la colère céleste. Le toit était de bois , et pour qu’il pût être, dit Cantemir, un plus solide emblème de l’empire, le fds de Soliman le fit reconstruire en briques.
Tandis que les Turcs déploraient ainsi le premier revers de leurs armes , toute la chrétienté apprenait avec joie la victoire de Lépante. Les Vénitiens , qui attendaient dans la terreur l’issue de la bataille , célébrèrent le triomphe de la flotte chrétienne par des fêtes extraordinaires. Pour qu’aucun sentiment de tristesse ne vînt se mêler à la joie universelle , le sénat délivra tous les prisonniers, et défendit à tous les sujets de la république de porter le deuil pour leurs parons ou leurs amis morts en combattant les Turcs. La bataille de Lépante lut inscrite sur les monnaies ; et comme les mécréans avaient été défaits le jour de sainte Jus-
envoyés par Sélim , et la réponse cpie don Juan fit à l’empereur turc.
« J’ai reçu de ta part, dit le duc d’Autriche, avec bon » augure, ta lettre et tes présens; l’un digne de ta libéra- » lité, et l’autre du témoignage de la vertu qu'il a plu à » Dieu me donner pour la défense de ses fidèles et offense
» de la maison ottomane » Nous donnerons dans les
Pièces justificatives la lettre entière de Sélim, quoique nous ayons quelques doutes sur son authenticité.