LIVRE XX. .;s
line, la seigneurie ordonna (]ue ce jour mémorable i57i serait , chaque année , une (etc pour tout le peuple de Venise (i).
A Tolède, et dans toutes les églises d’Espagne, le peuple et le clergé adressèrent au ciel des hymnes de reconnaissance , pour la victoire qu’il venait d’accorder à la valeur des soldats chrétiens. Aucun peuple , aucun prince de l’Europe ne resta indifférent à la défaite des Turcs j et, si on en croit un historien, le roi d’Angleterre, Jacques lcr. , célébra dans un poème la glorieuse journée de Lépante.
Comme le pape avait efficacement contribué au succès des armes chrétiennes, ce fut à Rome qu’on vit éclater la plus vive allégresse. Marc-Antoine Colonne, qui avait commandé les vaisseaux du souverain pontife , fut reçu en triomphe et conduit au Capitole, précédé d’un grand nombre de prisonniers de guerre. On suspendit dans l’église d ' Ava-Cœli les enseignes prises sur les infidèles. Après une messe solennelle, Marc-Antoine Muret, prononça, devant le peuple assemblé , le panégyrique du triomphateur. Ainsi se mêlaient les cérémonies de l’ancienne Rome et de la nouvelle pour célébrer la valeur et les exploits des défenseurs de la chrétienté. L’Eglise elle-même voulut consacrer dans ses fastes une victoire remportée sur ses ennemis; Pie V institua une fêle en l’honneur de la
(i) Continuation do ïi/isl. ccclcsiasl. do l’nbhc Fleury, à l'année i57i.
1571 Vierge, par l'intercession de laquelle on croyait avoir vaincu les Musulmans. Cotte fêle était célébrée le 7 octobre , jour de la bataille , sous la dénom i nation d e Notre-Dame-des-Victoires ( 1 ). Le pape décida en même temps qu’on ajouterait aux litanies de la \ ierge, ces mots : refuge des chrétiens, priez pour nous , et que le 8 octobre on célébrerait l’office des morts pour le repos des aines de tous ceux qui avaient été tués dans la bataille. Six mois après, Grégoire XIII institua encore une fête publique du rosaire , qu’on fixa au premier dimanche d’octobre, en mémoire de la victoire de Lépante. On doit remarquer ici que jamais les héros des premières croisades n’obtinrent d’aussi grands honneurs; l’Eglise n’avait pas célébré avec tant de solennité la conquête de Jérusalem et d’Antioche : plus on avait redouté les Turcs , plus on admirait leurs vainqueurs ; les victoires des premiers croisés avaient délivré quelques villes d’Orient ; celle de Lépante délivrait l’Europe.
Tous les fidèles se réunirent alors pour remercier ensemble le Dieu des armées ; mais bientôt cette harmonie toute chrétienne, ce sentiment commun du péril , fit place à des passions rivales. L’ambition , les défiances réciproques, la diversité des intérêts,
(1) La fête de Nolre-Dame-des- Victoires est encore célébrée dans plusieurs églises. On célèbre aussi la fêle du Rosaire dans l’église universelle, le premier dimanche d’octobre. (Voy. le continuateur de Fleury, et M. deïliou, liv. l, pag. 752.)