‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 24 sur 276 · LIVRE XVII. 5i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. 5i

conduite par un grand monarque allait s’cmbar- iaG8 quer pour l’Orient, que l’heure fatale aux Musulmans était arrivée , et que Dieu bénirait son peuple et tous les alliés de son peuple.

Louis , sans cesse occupé de son expédition , avait fixé l’époque de son départ à l’année 1270.

Près de trois années devaient s’écouler avant que les secours annoncés par le souverain pontife pussent arriver en Orient. On demanda des vaisseaux pour le transport des croisés aux républiques de Gènes et de Venise ; les Vénitiens refusèrent d’abord , et voyant ensuite qu’on allait traiter avec les Génois , ils envoyèrent des ambassadeurs pour offrir une flotte (1). Après de longues négociations , où Venise montra plus de jalousie contre Gènes que de zèle pour la croisade, elle refusa encore de concourir à l’embarquement de l’armée chrétienne, redoutant moins la colère de Louis IX que celle du sultan du Caire , qui pouvait ruiner ses comptoirs d’Orient. Enfin les Génois s’engagèrent à fournir les vaisseaux pour l’expédition.

La plus grande difficulté était de trouver l’ar-

trouve dans les Annal, ecclésias., ad ann. 1267 , n°s. 70 et suiv. Elle est datée de Viterbe.

(1) Il y eut en effet un traité ou marché de conclu; les Vénitiens offrirent de fournir quinze vaisseaux pour le passage, et d’en armer quinze autres à leurs dépens pour un an. Filleau de la Chaise donne les conditions de ce traité dans son Histoire de saint Louis , à l’année 1267. M. Daru en a rapporté le texte dans son Histoire de Venise ; mais ce traité resta sans effet.

5a HISTOIRE DES CROISADES.

iiG8 gent nécessaire pour les préparatifs de la guerre. Jusqu’alors les décimes levées sur le clergé avaient fourni aux dépenses des croisades; l’opinion s’était généralement établie qu’une guerre sainte devait être payée par les hommes attachés à l’Eglise et voués aux autels de Jésus-Christ. Déjà Urbain IV, prédécesseur de Clément, avait ordonné, dans tout l’Occident , la levée d’un centième sur les revenus du clergé , et ce qui pouvait ressembler à un trafic des choses saintes, la cour de Rome permettait de distribuer des indulgences , qu’on accordait à proportion de ce qui était donné au-delà du tribut exigé. Le clergé de France avait adressé au pape plusieurs réclamations, mais ces réclamations étaient restées sans effet (i).

Lorsqu’on connut la dernière résolution de Louis IX , le Saint-Siège eut recours aux moyens accoutumés, et, sans égard pour des plaintes qui n’étaient pas sans fondement, l’ordre fut envoyé de lever encore une décime pendant trois années. Ce fut alors que le clergé redoubla d’opposition , et qu’il songea plus à la défense de ses revenus qu’à la

(i) Le pape Clément, dans les lettres qu'il avait adressées au cardinal de Sainte- Cécile , pour le charger de la légation en France, donnait de grands éloges au zèle de saint Louis, et lui accordait la levée d’une décime pour trois ans. Dans une autre lettre, adressée aux doyens et chapitres de France, il exhortait les églises à seconder les efforts du roi et leur reprochait l’espèce de résistance qu’elles semblaient faire à la levée des décimes ; il leur opposait l’exemple des laïcs qu’elles devaient plutôt imiter.

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