LIVRE XVII
délivrance de la Terre-Sainte. Il se plaignit au roi, il envoya à Rome des députés chargés d’exposer la profonde misère où l’église de France se trouvait réduite par les charges qui pesaient sur elle (i) ; ces députés représentèrent au souverain pontife que les exactions des derniers temps devenaient tous les jours plus intolérables, et que les biens du clergé ne suffisaient plus pour entretenir les autels et nourrir les pauvres de Jésus-Christ. Ils ajoutaient que l’injustice et la violence avaient autrefois séparé l’église grecque de l’église romaine , faisant entendre que de nouvelles rigueurs ne manqueraient pas de produire de nouveaux schismes. Ils disaient encore que si la plupart des croisades, et surtout l’expédition de saint Louis en Egypte , avaient été malheureuses, c’était sans doute parce qu’on avait dépouillé le sanctuaire et ruiné les églises ; pour dernière raison , ils annonçaient dans l’avenir des calamités plus grandes que celles qu’on avait vues.
Un pareil discours devait enflammer la colère du souverain pontife. Clément, dans sa réponse, reprocha aux députés et à ceux qui les envoyaient, leur indifférence pour la cause des chrétiens , et leur avarice qui leur faisait refuser leur superflu
(i) Tous ces details sur les décimes sont d’une très grande importance pour l’histoire des croisades : pour cette négociation , on peut consulter Raynaldi , cité plus haut; le Spicilcgc , tom. i3,pag.2ti; le supplément de Raynaldi , liv. i.xix, n°. 4a ; l’ Histoire ecclesiastique de Fleuri et les Actes de Rymcr.
1268 pour une guerre où tant de princes, tant de guerriers illustres sacrifiaient leur vie. Il leur montra l’excommunication prêle à punir une résistance coupable, et les menaça de les priver des biens qu’ils refusaient de partager avec Jésus-Clirist.
Le clergé fut obligé d’obéir, et condamné à payer la décime pendant quatre ans. Le pape permit encore au roi de disposer de toutes les sommes léguées par testament pour le secours de la Terre-Sainte ; il lui abandonna également l’argent qu’on pourrait tirer de ceux qui s’étaient croisés , et qui demandaient à se racheter de leurs vœux ; ce qui dut produire une somme considérable , car on donnait la croix à tout le monde , et on ne refusait la dispense à personne.
Louis IX ne négligea point les ressources qu’il avait comme roi de France ; à cette époque on ne connaissait point d’impôt régulier , et les rois n’avaient , pour soutenir l’éclat du trône , que les revenus de leurs domaines (1). Afin de subvenir à toutes les dépenses qu’il était obligé de faire en cette occasion , le roi eut recours à l’impôt qu’on appelait la capitation, et que les seigneurs suzerains, d’après les coutumes féodales, exigeaient de chacun de leurs vassaux dans des circonstances extraordinaires (2). L’usage ne l’autorisait pas seu-
(1) Consullez, sur L’état des revenus royaux, depuis Philippe-Auguste, la préfacé des tomes ij, 16 cl 17 des ordonnances du Louvre, par M- de Pasloret.
(2) On imposa une taxe sur les bourgeois des villes et sur