‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 241 sur 276 · LIVRE XX. 4qi · texte numérisé non relu

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mais à s’établir. Chaque état avait son plan de dé- 1571 fense et d’agrandissement qu’il suivait avec une activité constante ; tous s’occupaient d’atteindre le degré de puissance et de force auquel les appelaient leur position et la fortune de leurs armes. De-là ces ambitions inquiètes , ccs défiances mutuelles, cet esprit de rivalité toujours agissant , qui ne permettaient guère aux souverains de porter leur attention vers des guerres lointaines.

Tandis que l’ambition et le besoin d’agrandir ou de défendre leur puissance retenaient les princes dans leurs états, les peuples se trouvaient retenus dans leurs foyers par les avantages ou plutôt par les promesses d’une civilisation naissante. Dans le douzième siècle, les Francs, les Normands et les autres barbares venus du Nord , n’avaient pas tout-à-fait perdu le caractère et les habitudes des peuples nomades, ce qui favorisa l’essor et les progrès de cet enthousiasme belliqueux qui avait précipité les croisés en Orient. Dans le seizième siècle, les progrès des lumières, de l’industrie et de l’agriculture (1), les souvenirs de chaque cité, de chaque famille, les traditions de chaque peuple, de chaque contrée ; les titres, les privilèges , les droits qu'on avait acquis , le besoin d’en jouir, la nécessité de les défendre, l’espoir de les accroître , avaient changé le caractère des Francs, altéré leur penchant pour la vie errante, et deve-

(1) On pourra voir dans nos Considérations générales quel était l’étal des mœurs et de la civilisation à celle époque.

4<p HISTOIRE DES CROISADES,

i naient autant de liens qui les attachaient à la patrie.

Dans le siècle précédent, le génie de la navigation avait découvert l’Amérique et le passage du cap de Bonne-Espérance. Les résultats de cette découverte opérèrent une grande révolution dans le commerce, fixèrent l’attention de tous les peuples, et donnèrent aux esprits une direction nouvelle. Toutes les spéculations de l’industrie, longtemps fondées sur les croisades , se dirigèrent vers l’Amérique et vers les Indes-Orientales. De grands empires, de riches climats s’offrirent toutà-coup à l’ambition , à la cupidité de tous ceux qui cherchaient la gloire, la fortune ou des aventures ; et les merveilles d’un monde nouveau firent oublier celles de l’Orient.

À celte époque si mémorable , on remarquait en Europe une émulation générale pour la culture des arts et des lettres. Le siècle de Léon X avait produit des chefs-d’œuvre dans tous les genres. La France , l’Espagne , et surtout l’Italie , faisaient tourner au profit des lumières l’invention récente de l’imprimerie. Partout on fit revivre les beaux génies de l’ancienne Grèce et de l’ancienne Rome. A mesure que les esprits s’éclairaient, une nouvelle carrière s’ouvrait devant eux. Un autre enthousiasme succédait à celui des entreprises religieuses; et les exploits des temps héroïques de notre histoire inspiraient bien moins le désir de les imiter, qu’ils n’excitaient l’adruiralion des romanciers cl des poètes. Alors la muse de l’épopée ,

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