‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 243 sur 276 · LIVRE XX. , 4ç · texte numérisé non relu

LIVRE XX. , 4ç

Après la bataille île Lépante, quoiqu’ils eussent conservé file île Chypre et dicté des lois à la république de Venise, les Turcs n’en perdirent pas moins l’idée qu iis étaient invincibles, et que le monde devait être soumis à leurs armes. On remarque que, depuis celle époque, la plupart des chefs des armées et des flottes turques furent plus timides , et s’abandonnèrent moins à l’assurance de la victoire, en présence de l’ennemi. Les astrologues, qui avaient vu jusque-là , dans tous les phénomènes du ciel , l’accroissement cl la gloire de l’empire ottoman , ne virent plus, sous le règne de Sélim et sous les règnes suivans , que des augures sinistres dans les aspects des corps célestes. Nous parlons aussi des astrologues , parce que leurs prédictions entraient pour beaucoup dans la politique des Turcs. U est probable que ces prétendus devins ne se contentaient pas d’observer les corps célestes, mais qu’ils observaient aussi les moeurs et les opinions du peuple , la marche des événemens et des affaires. C’est pour cela que leurs prophéties se sont trouvées justes , cl qu’elles appartiennent en quelque sorte à l’histoire.

Cependant l'esprit de conquête , qui avait longtemps animé la nation, subsistait encore , et quelquefois la fortune ramena la victoire sous les drapeaux ottomans. Vers la fin du seizième siècle, les Turcs portèrent la guerre sur les bords du Danube et sur les frontières de la Perse. Parmi les guerriers chrétiens quivolèrcntau secours de l’Allemagne, ondoit distinguer le duc de Mcrcœur, frère du

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5 duc de Mayenne ; il était suivi d’une foule de soldats français qui avaient combattu contre Henri IV, et qui allaient expier les crimes de la guerre civile en combattant les infidèles. Le duc de Mercœur(i) , à qui l’empereur Rodolphe II avait donné Je commandement de l’armée impériale , remporta plusieurs avantages sur les Ottomans.

Pendant qu’on se battait en Hongrie, le roi de Perse avait envoyé une ambassade à l’empereur d’Allemagne et aux princes de l’Occident, pour les engager à faire une alliance avec lui contre les Turcs. Les ambassadeurs persans s’étaient rendus auprès du pape , auprès de plusieurs puissances chrétiennes , les conjurant de déclarer la guerre auxOttomaus. Cette ambassade du roi dePerse(2) et les exploits des Fiançais sur le Danube , donnè-

(1) Le vicomte (le Tavannes attribue les succès du duc de Mercœur en Hongrie à la manière dont il sut se conduire contre les Turcs. Après avoir rappelé la défaite de Jean, roi de Hongrie , celle de Jean , duc de Bourgogne , et la mort de Ladislas IY à Warna , causées par la témérité ou le défaut de discipline des chrétiens, il ajoute : « Sage par » les fautes d’autrui, le duc de Mercœur fit la retraite de » devant Canise , par l’observation de ne se débander ni » suivre la victoire inconsidérément. »

(2) L’ambassade dont il est ici question eut lieu en 1607; elle était principalement envoyée au roi d’Espagne. Le Soplii accompagna de présens considérables les lettres obligeantes dont il chargea scs ambassadeurs. ( Yoy. Hist. uni V. de J.-A. de Thon, liv. cxxxvui.)

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