‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 244 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

rent «le vives inquiétudes au divan , qui envoya un 1601 ambassadeur au roi de France, qu’il redoutait plus que tous les autres princes chrétiens. Les lettres de créance de l’envoyc turc portaient ce titre: « Ju plus glorieux , magnanime et plus » grand seigneur de la croyance de Jésus , paci- » Jicateur des différends qui surviennent entre les » princes chrétiens, seigneur de grandeur , ma- » jeslé et richesse , et glorieux guide des plus » grands, Henri IV , empereur de France. » Le sultan des Turcs conjurait le monarque français, dans sa lettre, de ménager une trêve entre la Porte et l’empereur d’Allemagne , et de rappeler de la Hongrie le duc de Mercœur, dont la valeur et l’habileté retenaient la victoire sous les drapeaux des Allemands. Henri IV interrogea l’ambassadeur ottoman, et lui demanda pourquoi les Turcs craignaient ainsi le duc de Mercœur.

L’ambassadeur répondit qu’une prophétie, accréditée parmi les Turcs , annonçait que l'épée des Français les chasserait de l’Europe, et renverserait leur empire. Henri IV ne rappela point le duc de Mercœur : cet habile capitaine continua à battre les Ottomans, et, s’étant couvert de gloire dans la guerre contre les infidèles, il fut surpris, en revenant en France , par une fièvre pourprée , laquelle , dit Mezerai , l’envoya triompher dans le ciel (1).

(1) Le 3 septembre 1601 , le duc de Mercœur, avec une armde de dix mille hommes , s’empara d’Albc-Royalc. Le

tom. v. 3a

4oS histoire des croisades.

160a AP rcs la mort de Rodolphe II , qui avait arreté

les armées des Turcs, on vit éclater cette guerre qui désola l’Allemagne pendant trente années. Ce fut un grand bonheur pour la chrétienté que, dans ce long période de temps, la Porte- Ottomane se trouvât , tantôt occupée de scs guerres contre la Perse , tantôt troublée par les révolutions du sérail, par les séditions populaires et les révoltes des pachas. L’empire germanique, le Danemarck et la Suède, les luthériens et les catholiques, levèrent plus d’armées et répandirent plus de sang dans les combats qu’il n’en fallait pour arracher Bysance à la domination des Musulmans. Mais au milieu des passions religieuses et politiques qui divisaient et troublaient l’Occident , personne ne pouvait avoir la pensée d’attaquer les Turcs. Le pape, sollicité par l’empereur Ferdinand II, publia un jubilé pour le succès des armes impériales, et peu s’en fallut qu’on ne prêchât une croisade contre Gustave Adolphe et ses alliés. Lorsque cette guerre de trente ans allait finir par un traité qui fut comme une loi générale de l’Europe , le ciel permit que les Ottomans reprissent leurs hostilités contre les peuples chrétiens. Ils attaquèrent d’abord la Dalmatie, province véni-

io octobre suivant, il battit en plaine une armée de dix mille Turcs qu’il empêcha de reprendre cette ville. Ce fut sa dernière victoire contre les infidèles. Il mourut à Nuremberg en 1602, à l’âge de quarante-trois ans. ( Voy. de Tliou, liv. cxxvi et cxxvii. )

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