LIVRE XX
tienne, et l’île de Candie ou l’ancienne Crète, im- 1650-1670 portante colonie de Venise. Bientôt après une armée formidable entra dans la Hongrie , et s’avança sur les frontières de la Moravie et de l’Autriche.
Le pape Alexandre VII s’occupa de former une ligue entre les princes et états de la chrétienté, et s’adressa au roi de Pologne, au roi d’Espagne et surtout au roi de France , pour implorer leurs secours contre les Turcs.
Louis XIV , quoiqu'il fut l’allié de la Porte , se rendit aux prières du souverain pontife, et fit partir pour Rome un ambassadeur chargé d’annoncer à Sa Sainteté qu’il était prêt à entrer dans la confédération des princes chrétiens. D’un autre côté , les états de l’empire germanique , qui étaient les alliés de la France, se rassemblaient à Francfort et s’engageaient à lever de l’argent et des troupes, promettant d’unir leurs efforts à ceux du monarque français pour la défense de la chrétienté (1).
Ce généreux empressement méritait sans doute la reconnaissance de Léopold ; mais l’empereur n’avait pu voir sans jalousie que les états germaniques se concertassent avec un monarque étranger plutôt qu’avec le chef de l’empire ; il n’avait point oublié la conduite de la France dans la guerre
(1) Tous les faits rapporte's ici sont beaucoup plus développes dans un mémoire très curieux rédigé d’aprcs les pièces diplomatiques qui se trouvent aux archives des affaires étrangères. Ce mémoire est imprimé à la fin de ce volume comme pièce justificative.
Soo HISTOIRE DES CROISADES.
1G70-1690 de trente ans, et dans les négociations qui avaient précédé le traité de Westplialie. Le zèle que Louis XIV et ses alliés montraient pour la cause commune , et qui allait beaucoup plus loin qu’il ne l’espérait, ne fit qu’exciter ses défiances $ on doit croire que Léopold communiqua ses craintes à la cour de Rome , qui avait vu de mauvais œil les alliances récentes du royaume très chrétien avec les princes luthériens de l’Allemagne. Alexandre VII accueillit froidement les propositions du roi de France, et dit à son ambassadeur qu’il n’y avait rien à faire ; que le roi d’Espagne avait de grands démêlés avec le Portugal , que le roi de Pologne n’était pas en état d’entrer dans la ligue, que l’empereur nétoit pas pressé , et qu enfin il fallait tenir les choses en suspens. Lorsqu’on apprit à Rome la décision unanime de la diète de Francfort, qui offrait de lever vingt ou vingt-quatre mille hommes pour la cause de la chrétienté , la cour pontificale reçut avec indifférence et refusa même de publier celle heureuse nouvelle, pour laquelle le pape , dans tout autre temps, n’aurait pas manqué d’aller rendre des actions de grâces solennelles dans l’église de St. -Pierre ou de St.-Jean-de-Latrau. Le roi de France ne put dissimuler sa surprise, et dans une lettre écrite à l’ambassadeur français, 011 trouve ce passage remarquable : « C’est, au reste , » plus l’affaire de Sa Sainteté que la nôtre. Il suf- » lira à Sa Majesté, pour sa satisfaction et sa dé- » charge envers Dieu , d’avoir fait toutes les avan- » ces par rapport à cette ligue, qu’un roi, fils aîné