LIVRE XX. Soi
)> de l’Eglise et principal défenseur delà religion, 1G70-1G90 » pouvoit faire dans le péril imminent des préju- » dices que la chrétienté peut appréhender. »
Bientôt on apprit quelesTurcss’avançaienlsur le territoire de la Moravie. On proposa de reprendre les négociations ; mais les préoccupations de la jalousie ne permirent point qu’on s’en occupât sérieusement , et tout était subordonné aux nouvelles que l’on recevait des progrès de l’armée ottomane.
Le timide Léopold négociait tour-à-tour avec le divan et avec le pape, redoutant l’invasion des Turcs , mais ne redoutant pas moins de devoir son salut à des alliés trop empressés de le défendre.
Avant de parler des conditions de la ligue qu’on devait former, il fallut d’abord examiuer les pouvoirs des ambassadeurs. L’empereur, dans les lettres de créance données à son ministre , prenait les titres de duc de Bourgogne, de landgrave d’Alsace, et fidèle aux anciennes prétentions de la maison impériale, il se présentait comme le chef temporel de l’Eglise, caput populi christiani. Leroi d’Espagne, qui montrait également peu d'ardeur pour la ligue sainte , prenait le titre de roi de . Navarre, et ne rappelait le roi de France que par ces mots où respirait l’orgueil castillan , olros reges , les autres rois. La république de Venise, de son côté, semblait avoir affecté de ne point parler de Louis XIV ni du monarque espagnol, et ne les désignait l’un et l’autre que par ces mots : cil duc corontic. Nous n’entrons ici dans tous ces détails , que pour montrer comment on traitait alors des affaires ou so
5oa HISTOIRE DES CROISADES.
1G70-1G90 trouvait intéressé le monde chrétien. Tant de vaines difficultés n’annonçaient que trop qu’on ne voulait prendre aucun parti. On demanda de nouveaux pouvoirs, et lorsque ces pouvoirs furent reçus à Rome, le pape ne les communiqua point. Peu de temps après, une insulte faite à l’ambassadeur de France fit interrompre toute négociation. Telle fut l’issue de cette affaire , qui occupa plusieurs puissances chrétiennes pendant près de deux années , et dans laquelle il serait bien difficile de retrouver quelque chose de l’esprit qui présidait aux anciennes croisades.
Cependantles Turcs s’avançaient toujours. L’empereur d’Allemagne effrayé avait quitté sa capitale : l’approche du péril fit taire les vaines prétentions. Ne pouvant obtenir la paix des Ottomans, Léopold consentit à être secouru par les princes chrétiens. Louis XIV, pour ménager l’esprit inquiet de l’empereur, se contenta d’envoyer en Hongrie six mille hommes d’élite, sous les ordres du comte de Coligni et du marquis de La Feuillade. Le pape ne voulut pas rester neutre dans cette guerre qu’on allait faire aux Musulmans ; il accorda à l’empereur un subside de 70,000 florins, et la faculté de lever des décimes sur tous les biens ecclésiastiques dans les états autrichiens. 11 fournit quelques troupes levées dans l’état romain; et pour l’entretien de cette milice, il employa deux cent mille écusque le cardinal Mazarin avait légués dans son testament pour la guerre contre les Turcs. Tous les secours réunis du pape, du roi de France et des