LIVRE XX
toires remportées sur les Turcs avaient fait monter 1G70-1G90 sur le trône de Pologne. Bientôt une armée, levée à la hâte sur la Yistule etle Dniéper, accoxirut à la défense de l’Allemagne menacée ; la capitale de l’empire était assiégée par trois cent mille Musulmans : l’empereur et sa famille , cherchant une retraite dans la ville de Lintz , avaient échappé comme par miracle à la poursuite de quelques cavaliers tarlares. L’Allemagne n’avait plus pour sa défense qu’une armée découragée, que la valeur du duc de Lorraine et le zèle patriotique des électeurs de Saxe et de Bavière : la présence de Sobieski et des Polonais changea tout-à-coup la face des affaires. A leur approche , les Allemands sentirent se ranimer leur bravoure, et le découragement passa dans l’armée des Turcs ; toute la province d’Autriche était remplie de bataillons ottomans ; cent mille tentes couvraient les rives du Danube; celle du grand-visir, au rapport de Sobieski, occupait plus d’espace que la ville de Varsovie ou de Léopold. Le présomptueux ministre delà Porte-Ottomane se confiait à cet appareil de guerre ; il mettait son espoir dans l’innombrable multitude de ses soldats ; et ce fut cet appareil incommode , ce fut celte multitude si difficile à conduire qui donna la victoire aux chrétiens. L’armée de Sobieski , celle du duc de Lorraine , auxquelles s’étaient réunies les troupes de plusieurs princes de l’empire , comptaient à peine soixante et quinze mille combaltans. Les deux armées en vinrent aux mains le 1 3 septembre iG83.
5o6 HISTOIRE DES CROISADES.
1670-1690 La victoire ne resta pas long - temps indécise: « Dieu soit béni , écrivait le roi de Pologne après » la bataille (1) ; Dieu a donné la victoire à notre » nation -, il lui a donné un triomphe tel que les » siècles passés n’en virent jamais de semblable ; » toute l’artillerie , tout le camp des Musulmans, » des richesses infinies nous sont tombées dans les » mains ; les approches de Vienne , les champs » d’alentour sont couverts des morts de l’armée » infidèle, et le reste fuit dans la consternation. » Le père d’Aviano , envoyé par le pape , prétendait avoir vu une colombe blanche planer sur l’armée chrétienne pendant la bataille ; le roi de Pologne lui-même, quelques jours auparavant, avait aperçu dans le ciel un phénomène extraordinaire (2) ; mais toutes ces apparitions célestes ne frappaient plus l’esprit des guerriers chrétiens , et la défaite des Musulmans ne fut attribuée qu’aux prodiges d e la bravoure. Le lendemain de la victoire, le clergé chanta le Te Deum dans les églises de Vienne, qui auraient été changées en mosquées, si l’arrivée des Polonais eut été seulement retardée de quelques
(1) Ce récit de la bataille de Vienne se trouve dans les lettres de Jean Sobicski à la reine Marie Casimir. Ces lettres, écrites en polonais et traduites en français, ont été publiées, il y a peu de temps, par les soins de M. Salvandi; elles sont un monument très précieux pour l’époque dont nous parlons ici.
(2) Sobieski raconte lui-même ces apparitions, vraies ou fausses , dans scs lettres à la reine Marie Casimir.