‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 250 sur 276 · LIVRE XX. 5o · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 5o

toute la Morée et plusieurs îles ; leurs armées 1690-1700 furent partout vaincues et dispersées. Deux visirs , un grand nombre de pachas payèrent de leur tète les défaites de l’islamisme. Mahomet IV, accusé par le peuple, par l’armée et par l’uléma , fut précipité du trône au bruit de ces grands désastres , qu’on attribuait à la colère du ciel, et qui portèrent le désordre et le trouble dans tout l’empire. Après seize années de combats malheureux et de révolutions dans le sérail, les Ottomans, quoiqu’ils fussent favorisés par la guerre que la France avait déclarée à l’empire germanique , se trouvèrent enfin réduitsà solliciter la paix(i) sansavoir vaincu leurs ennemis, ce qui blessait «à-la-fois l’orgueil national et les maximes du Coran. Le fameux traité de Carlowilz atteste les pertes qu’avait faites la nation turque et l’incontestable supériorité des étals chrétiens. La décadence de la Turquie, comme puissance maritime , avait commencé à la bataille de Lépante ; sa décadence, comme puissance militaire et conquérante, fut marquée par la défaite de Vienne : les Grecs auraient pu alors échapper au joug ottoman ; mais ils avaient conservé leurs préventions ou leur antipathie contre les Latins (2),

(1) La victoire de Zantc , remportée par le prince Eugène, en 1698, mit les Turcs hors d’état de continuer la guerre.

(2) Venise ne resta maîtresse d’une partie de la Morée que pendant une quinzaine d’annccs. Les Turcs profitèrent de la division qui s’ était élevée dans la chrétienté et de la

5io HISTOIRE DES CROISADES.

iC()o-i7oo ct Venise ne fit rien pour que sa domination parût plus supportable que celle des Turcs. L’histoire a deux choses à faire remarquer dans les négociations et dans le traité de Carlo witz : la Hongrie qui, pendant deux siècles, avait résisté à toutes les forces de l’empire ottoman, et dont le territoire était comme les Thermopiles de la chrétienté , affaiblie enfin par les discordes civiles, par les guerres étrangères, à-la-fois en hutte aux empereurs d’Allemagne et aux sultans de Constantinople, perdit alors son indépendance et se trouva réunie aux possessions de la maison d’Autriche. Parmi les états et les princes qui signèrent le traité , on vit paraître les Czars de la Moscovie , puissance nouvelle qu’on n’avait point aperçue jusque-là dans la lutte des chrétiens contre les infidèles, et qui devait plus tard porter les coups les plus terribles à l’empire ottoman.

Nous avons montré l’origine et les progrès des Turcs; il ne nous reste plus maintenant qu’à parler des causes de leur décadence.

Les Turcs n’étaient constitués que pour combattre des peuples barbares comme eux, ou des peuples dégénérés comme les Grecs. Lorsqu’ils rencontrèrent des nations qui n’étaient point corrompues et qui ne manquaient ni de bravoure , ni de

guerre qu’une partie de l’Europe faisait à Louis XIV, pour rentrer dans leurs anciennes conquêtes. Les Ottomans trou-< virent moins dans les Grecs des auxiliaires que des ennemis.

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