LIVRE XX
patriotisme, ils furent obliges de s’arrêter. Chose 1690-1700 digne de remarque : ils ne purent jamais entamer les peuples de l’Église latine; la seule nation qui se trouvât sêpare'e de la chrétienté par les conquêtes des Turcs, ce fut celle qui s’en était séparée ellemême par ses croyances. Lorsque les Ottomans ne purent plus rien envahir , toutes les passions qui les avaient poussés à la conquête ne servirent plus qu’à ébranler leur empire, destinée ordinaire des peuples conquérans.
Une des premières causes qui affaiblirent la puissance militaire des Turcs, ce furent les guerres qu’ils poursuivaient à-la-fois contre l’Europe chrétienne et contre la Perse. Les efforts qu’ils firent contre les Persans les détournèrent de leurs expéditions contre les chrétiens ; et leurs expéditions contre les chrétiens nuisirent au succès de leurs guerres en Asie. Dans ces deux sortes de guerres, ils avaient une manière de combattre toute différente. Après avoir combattu quelque temps les guerriers de l’Oxus et du Caucase, iis se trouvaient inhabiles à faire la guerre en Europe. Us ne purent jamais triompher ni des Persans , ni des nations chrétiennes, et restèrent à la fin pressés entre deux ennemis , également intéressés à leur ruine, également animés par les passions religieuses.
Les Turcs avaient apporté avec eux , comme tous les barbares venus du nord de l’Asie, le gouvernement féodal. La première chose à faire pour tous ces peuples nomades qui s’établissaient dans
Sia HISTOIRE DES CROISADES.
1690-1700 les pays conquis, c’élait le partage des terres avec certaines conditions de protection et d’obéissance. De ce partage devait naître le régime de la féodalité. La différence qui existait néanmoins entre les Turcs et les autres barbares qui avaient conquis l’Occident , c’est que le despotisme jaloux des sultans ne permit jamais que les fiefs devinssent héréditaires, et qu’il s’élevât «à côté de lui une aristocratie, comme dans les monarchies de la chrétienté. Ainsi on ne vit dans l’empire turc, d’un côté, que l’autorité d’un maître absolu, de l’autre, qu’une démocratie militaire (1).
On a comparé les Turcs aux Romains. Les deux peuples ont commencé de meme. Rien ne ressemble plus aux compagnons de Romulus que les compagnons d’Otman : mais ce qui distingue dans l’histoire les deux nations , c’est que la dernière est restée ce qu’elle était à son origine. Les Romains dans leurs conquêtes ne repoussaient ni les lumières, ni les usages , ni même les dieux des peuples vaincus : les Turcs, au contraire, ne prenaient rien aux autres peuples , et mettaient tout leur orgueil à rester barbares.
Nous avons dit plus haut que l’aristocratie héréditaire 11’avait jamais pu s’établir à côté du despotisme. C’est peut-être une des causes pour les-
(1) La monarchie ottomane se trouvait de la sorte appuyée sur ce qu’il y a de plus faible dans les sociétés politiques , la volonté d’un seul et celle de la multitude,