‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 252 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

quelles la nation ottomane était restée dansletat 1690-1700 de barbarie. Ceux qui ont étudié la marche des sociétés , savent que c’est par l’aristocratie que se forment les mœurs et les manières d’un peuple, que c’est par la classe intermédiaire que les lumières arrivent , et que la civilisation Commence. L’absence de l’aristocratie dans les gouvernemens orientaux, non seulement nous explique la fragilité de ces gouvernemens , mais elle sert aussi à nous expliquer comment l’esprit humain dans ces sortes de gouvernemens ne fait point de progrès.

Sous le mortel niveau d’une égalité absolue, sous une domination jalouse de tout éclat qui ne vient point d’elle, il ne peut y avoir ni émulation, ni modèle à suivre , ni amour de la gloire, conditions sans lesquelles toute société est condamnée à rester dans l’ignorance grossière où elle se trouvait à son origine , et à perdre ainsi la plupart de scs avantages (1).

Par une suite de l’indifférence des Turcs pour les sciences et les arts, les travaux de l’industrie, de l’agriculture , de la navigation, furent confiés à leurs esclaves qui étaient leurs ennemis. Comme ils avaient en horreur tout ce qui était nouveau , tout ce qu’ils n’avaient point apporté d’Asie , il leur fallait avoir recours aux étrangers pour tout ce qu’on avait inventé ou perfectionné en Europe.

(1) Dans les gouvernemens orientaux , tout suit l’impulsion du maître; s’il favorise les études on «’y livre; mais après, tout retombe dans l’obscurité,

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1690-1700 Ainsi les sources de la prospérité et de la puissance, la force de leurs armées et de leurs flottes, ne se trouvaient point entre leurs mains. On sait tout ce que les Turcs ont perdu pour avoir négligé de connaître et de suivre les progrès de la tactique militaire des Européens. Tant qu’il ne s’agissait que de rassembler et de retenir sous les drapeaux une multitude de soldats animés par le fanatisme , l’avantage fut pour les Ottomans ; mais cet avantage disparut quand la guerre appela le concours des sciences humaines, et que le génie, avec ses découvertes, devint le redoutable auxiliaire de la valeur.

Quelques écrivains modernes , cherchant partout des rapprochemens , ont comparé les janissaires aux cohortes prétoriennes. Cette comparaison n’a rien d’exact : chez les Romains , l’empire se trouvait électif ; les prétoriens s’en étaient emparés pour le mettre à l’encan. Chez les Turcs, Ja pensée de choisir leur prince 11e se présenta jamais à l’esprit du peuple et des armées. Les janissaires se contentaient de troubler le gouvernement, et de le maintenir dans un tel état de désordre qu’on ne pût jamais les renvoyer , et qu’ils pussent toujours demeurer les maîtres. Toute leur opposition consistait à empêcher une amélioration quelconque dans la discipline et les usages militaires. Les abus et les préjugés les plus difficiles à détruire chez une nation , sont ceux qui tiennent à un corps ou à une classe où se trouve placée la force. Le despotisme tout-puissant ne put jamais vaincre l’opposition des

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