‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 253 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

janissaires et des spahis; et ces corps redoutables , 1690-1700 qui avaient si efficacement contribué aux anciennes conquêtes, devinrent le plus grand obstacle à ce qu’on en fît de nouvelles.

Les Turcs, établis dans la Grèce, avaient plus de respect pour d’anciens usages, pour d’anciens préjugés, que d’amour pour le pays qu’ils habitaient. Maîtres de Stamboul , ils tenaient sans cesse leurs regards attachés sur les lieux de leur origine, et semblaient n’être que des voyageurs, des conquérans passagers en Europe. Derrière eux étaient les tombeaux de leurs aïeux , le berceau de leur culte, tous les objets de leur vénération; devant eux , des peuples qu’ils haïssaient , des religions qu’ils voulaient détruire , des pays qui leur sem- • filaient, maudits de Dieu.

Au milieu de leur décadence, rien ne fut plus funeste aux Turcs que le souvenir d’une gloire passée ; rien ne leur fut plus nuisible que cet orgueil national qui ne se trouvait plus en harmonie avec leur fortune , ni en proportion avec leurs forces. Les illusions d’une puissance qui n’était plus, les empêchaient de prévoir les obstacles qu’ils devaient rencontrer dans leurs entreprises et les dangers dont ils étaient menacés. Lorsque les Ottomans faisaient une guerre malheureuse , ou un traité défavorable, ils ne manquaient jamais de s’en prendre à leurs chefs, que les vengeances po-‘ pulaires dévouaient à la mort ou à l’exil; et, tandis' qu’ils immolaient ainsi des victimes à leur vanité , leurs revers devenaient d’autant plus irréparables

ifeji, .r0o qu’ils s’obstinaient à en méconnaître les véritables causes.

Tacite exprime quelque part la joie qu’il éprouva en voyant des barbares qui se faisaient la guerre; On éprouve quelque chose de cette joie, lorsqu’on voit le despotisme menacé par ses propres institutions et tourmenté par les instrumens meme de sa puissance. L’histoire n’a point de plus grande leçon que ce spectacle où nous voyons un pouvoir sans frein et sans pitié portant au hasard ses coups, et frappant sur tout ce qui l’entoure; une famille de despotes , dont le nom seul répand la terreur, et qui se dévore elle-même (i). On sait quelles victimes chaque sultan , en montant sur le trône, offrait au génie ombrageux du despotisme ; mais le ciel ne permit point que les lois les plus sacrées de la nature fussent toujours violées impunément , et la dynastie ottomane , en expiation de tant de crimes contre la famille, tomba enfin dans Une espèce de dégradation. Les princes ottomans , élevés dans l’asservissement et la crainte , perdirent l’énergie et les facultés nécessaires pour le gouvernement d’un grand empire. Soliman II ne fit qu’accroître le mal , en décidant par une loi cons-

(i) Mahomet III, en montant sur le trône, fit mourir dix-neuf de ses frères. Un sultan immole sa famille à l’état despotique , comme un farouche républicain de l’antiquité immolait ses enfans à la république. C’est ici que lesextrêmes se touchent etse confondent ; cette barbarie des successeurs d’Otman est un des graves inconvéniens de U poligamieel du mépris des saintes lois du mariage.

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