‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 254 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

titutivc, qu’aucun des fils des sultans ne pour- ,(*,0-1700 rail ni commander les armées , ni gouverner les provinces. On ne vit plus dès-lors sur le trône ottoman que des princes efféminés, des hommes timides, des insensés.

Il suffisait que la volonté du prince fût corrompue , pour que la corruption devînt générale.

A mesure que le caractère des sultans dégénérait, tout dégénérait autour d’eux. Un engourdissement universel avait remplacé la bruyante activité de la guerre et de la victoire. A la passion des conquêtes avaient succédé la cupidité, l’ambition , l’égoïsme , tous les vices qui signalent et achèvent le déclin des empires. Quand les étals s’élèvent et marchent vers la prospérité, il y a une émulation pour accroître leurs forces. Lorsqu’ils déclinent, il y a aussi une émulation pour les pousser à leur perle et profiter de leur ruine.

L’empire avait toujours une nombreuse armée ; mais cette armée, où la discipline dégénérait chaque jour, n’était redoutable que dans la paix. Une foule de Thimariots , ou possesseurs de fiefs à vie , n’ayant rien à léguer à leurs familles , passaient sur les terres qu’on leur avait données, comme les sauterelles qui , dans les campagnes où le vent les a jetées , détruisent jusqu’au germe des moissons.

Les pachas gouvernaient les provinces en conquérans. Les richesses du peuple étaient pour eux comme le butin que les vainqueurs sc distribuent au jour de la victoire. Ceux qui amassaient des trésors achetaient l’impunité , ceux qui avaient

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1690-1700 des armées proclamaient leur indépendance.

Les sultans de Constantinople, endormis dans leur sérail , se réveillaient souvent au bruit des révoltes populaires. Les violences de l’armée et du peuple étaient la seule justice qui pût atteindre le despotisme. Mais cette justice même était une calamité de plus, et ne faisait que précipiter la décadence générale. Ce qu’il y avait de singulier, c’est que les Turcs, lorsqu’ils se soulevaient contre un prince de la dynastie ottomane, conservaient une profonde vénération pour celle dynastie. Ils immolaient le tyran à leur vengeance , et se montraient tout prêts à s’immoler eux-mêmes pour la tyrannie ; ainsi, la licence, dans ses plus grands excès, respectait toujours le despotisme , et ce qui devait mettre le comble au désordre, le despotisme à sou tour respectait la licence.

La société se trouvait ainsi constituée chez les Turcs par la religion musulmane, qui se mêlait tout-à-la-fois aux mœurs de la licence et de la servitude : cette religion inspirait à l’esclave une soumission aveugle qui ressemblait au dévouement; au prince, un respect des préjugés qui ressemblait à la modération et à la justice; à tout le peuple, une profonde aversion pour les étrangers, une ardeur de vaincre les ennemis qui ressemblait au patriotisme. La loi du Coran , qui entretenait dans les cœurs le mépris de tout ce qu’elle n’avait pas prévu , pouvait sans doute être regardée comme une institution merveilleuse pour conserver les choses telles qu’elles étaient; mais elle devenait un

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