‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 256 sur 276 · LIVRE XX. Su · texte numérisé non relu

LIVRE XX. Su

ressemblent aux fleuves ou aux torrens qui ajou- iCgg-i^oo ten t chaque jour à la profondeur de leur lit, et dont il n’est pas facile de changer le cours une fois tracé. Les Turcs avaient cessé d’être redoutables comme puissance militaire j mais comme nation , ils ne manquaient point d’une certaine force pour résister à une domination étrangère.

S’il devenait difficile, impossible même aux armes ottomanes do conquérir une seule province , une seule ville sur la chrétienté, il était en même temps difficile aux chrétiens, non pas de vaincre une armée, mais de soumettre une population turque, défendue par ses préjugés et par l’excès même de sa barbarie.

Ajoutons ici une deimière considération. Dans le temps où les Turcs fondaient leur empire en Europe, il se formait entre tous les peuples de l’Occident une vaste association , dont le temps a resserré les liens , et qu’on appelle encore aujourd’hui la république chrétienne ; cette confédération, où l’on éprouvait sans cesse le besoin de maintenir un certain équilibre entre les nations rivales , où l’accord de plusieurs puissances était au moins nécessaire pour envahir ou renverser un grand empire , celte confédération , disons-nous , devint pour les Ottomans comme une espèce de sauve-garde , comme un moyen de salut. Ainsi la puissance ottomane, à mesure qu’elle s’affaiblissait au dedans, trouvait au dehors un appui ou du moins un motif de sécurité , non plus comme autrefois dans les éternelles discordes des chrétiens ,

5ii HISTOIRE DES CROISADES.

iGgo-i'oo mais dans la crainlc qu’on avait de troubler la paix générale et de changer l’ordre établi en Europe. On ne redoutait plus les entreprises du Croissant, mais l’ambition de ceux qui pouvaient avoir la pensée d’envahir son territoire ou de profiter de sa décadence.

Nos lecteurs trouveront peut-être que nous nous sommes trop long-temps arrêtés sur l’empire ottoman, mais l’origine de cet empire , ses progrès et son déclin, sont, liés à tous les événemens que nous avons eus à décrire. Le tableau que nous en avons tracé a pu servir quelquefois à faire connaître l’esprit et le caractère des guerres contre les infidèles , et, sous ce rapport, notre travail ne peut cire sans utilité.

A l’époque de l’histoire où nous sommes arrivés , les passions qui avaient enfanté les prodiges des croisades , étaient devenues des opinions spéculatives qui occupaient moins l’attention des rois et des peuples que celle des écrivains et des érudits. Ainsi les guerres saintes , avec leurs causes et leurs effets , se trouvèrent livrées aux argumentations des docteurs et des philosophes. On se rappelle l’opposition de Luther -, et quoiqu’il eût désavoué ou rétracté en quelque sorte sa première opinion sur la guerre contre les Turcs, la plupart de ses partisans continuaient à montrer une grande aversion pour les croisades.

Le ministre Juricu va beaucoup plus loin que Luther ; cet ardent apôtre de la réforme , loin de penser qu’on dut faire la guerre aux Musul-

Page 1