‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 257 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

mans, n’hésitait point à regarder les Turcs comme ,6q0-t->o les auxiliaires des protestans , et disait que les farouches sectateurs de Mahomet avaient été envoyés pour travailler avec les reformés au grand-œuvre de Dieu , qui était la ruine de l’empire papal.

Après la levée du dernier siège de Vienne en i683 et la révocation de l’édit de Nantes , le même Juricu s’affligeait de la disgrâce des réformés et de la défaite des Turcs , ajoutant eu même temps que Dieu ne les avoit abaissés que pour les relever ensemble et en faire les instrurnens de sa vengeance contre les papes. Tel est l’excès d’aveuglement où peut conduire l’esprit de parti ou l’esprit de secte, égaré par la haine, irrité par la persécution.

Cependant d’autres écrivains renommés par leur génie, et qui appartenaient aussi à la réforme, soutenaient qu’on devait combattre les infidèles -, ils déploraient l’indifférence de la chrétienté et les guerres qui éclataient chaque jour entre les nations chrétiennes, tandis qu’on laissait en paix un peuple ennemi de tous les autres peuples. Le chancelier Bacon , dans son dialogue de Bello sacro , déploie toute sa dialectique pour prouver que les Turcs son hors de la loi des nations. Il invoque tour-à-tour le droit naturel , le droit des gens et Je droit divin, contre ces barbares auxquels il refuse le nom de peuple, et soutient qu’on doit leur faire la guerre comme on la fait aux pirates, aux anlropophages, aux animaux féroces. J/illuslre chancelier cite à l’appui de son opinion des maximes

1O90-1700 d’Aristote , des maximes de la Bible, des exemples lires de l’histoire et même de la fable. Sa manière de raisonner se ressent un peu de la politique et de la philosophiedu seizième siècle , et nous croyons devoir nous dispenser de rappeler des argumens dont plusieurs ne seraient point de nature à persuader les esprits du siècle présent.

Nous aimons mieux donner quelque développement aux idées de Leibnitz , qui , pour faire revivre l’esprit des expéditions lointaines , s’adressait à l’ambition des princes, et dont les vues politiques ont reçu une mémorable application dans les temps modernes. Dans le moment où Louis XIV se disposait à porter ses armes dans les Pays-Bas , le philosophe allemand lui envoya un long mémoire (1) , pour le déterminer à renouveler l’expédition de saint Louis en Égypte. La conquête de celle riche contrée, que Leibnitz appelait la Hollande d’Orient (2), devait favoriser le triomphe et la propagation de la foi ; elle devait procurer au roi très chrétien la glorieuse renommée d’Alexandre, et à la monarchie française les plus grands moyens de puissance et de prospérité. Après l’occupation

(1) Le mémoire de Leibnitz, qui est reste long-temps ignoré, est trop curieux pour que nous n’en donnions pas la partie la plus importante daus les Pièces justificatives.

(a) Il est bon de faire remarquer ici que le mémoire de Leibnitz fut présenté à Louis XIV dans le rftomentmêmeoùle monarque s’occupait d’attaquer cl de conquérir la Hollande.

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