‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 258 sur 276 · LIVRE XX. 5i · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 5i

d’Alexandi'ie et du Caire , la fortune offrait aux ,<5g0,00 vainqueurs l’heureuse occasion de relever l’empire d’Orient; la puissance ottomane, attaquée par les Polonais et les Allemands, troublée par des divisions intérieures , était prête à tomber en ruines ; déjà la Moscovie et la Perse se préparaient à profiler de sa chute j si la France se présentait, rien n’était plus facile que de recueillir l’immense héritage de Constantin , de dominer sur la Méditerranée , d’étendre son empire sur la mer Rouge , sur la mer d’Éthiopie, sur le golfe persique, de s’emparer du commerce de l’Inde. Tout ce que la gloire et la grandeur des empires ont de plus éclatant, s’olfrait alors à l’imagination de Leibnitz ; et ce beau génie , ébloui de sa propre pensée , alliant à sa politique les préjugés de son siècle , ne trouvait au-dessus de la conquête de l’Égypte que la découverte de la pierre philosophale.

Après avoir développé les avantages de la vaste entreprise qu’il proposait, Leibnitz ne négligeait aucun des moyens qui devaient en assurer le succès et en faciliter l’exécution. C’est dans cette partie de son mémoire qu’il montre toute la supériorité de son génie , et lorsqu’on a lu la Relation de la dernière guerre des Français en Égypte, on demeure persuadé que Buonaparte avait connu le plan de campagne adressé à Louis XIV. Au reste , cette entreprise gigantesque , dont le résultat devait être plus brillant que solide et durable, convenait moins à un monarque dirigé dans sa politique par le sentiment de la véritable grapdeur.

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iG;)o 1700 qu’au héros moderne, toujours épris d’une gloire aventureuse et romanesque.

Les idées de Leibnitz , dédaignées dans le conseil des princes, n’en étaient pas moins accueillies parmi les savans et les hommes pieux qu’animaient les images toujours vivantes des croisades et les préocupations d’une politique spéculative. Nous avons eu sous les jeux un grand nombre de Mémoires composés dans le xive.,lexv°.etlexvic. siècle, pour engager les puissances de la chrétienté à porter la guerre en Orient. S. François de Sales, qui vivait au temps d’Henri IV, exprime souvent dans ses lettres (1) le désir de voir la Terre-Sainte délivrée du joug des infidèles. En donnant au recueil d’histoires qu’il a publié , le titre de Gesta Dei per Francos, Bongars nous montre tout son enthousiasme pour les guerres entreprises au nom de la Croix. Dans sa dédicace à Louis XIII , il ne manque point de lui rappeler l’exemple de ses aïeux, qui ont été en Orient , et de lui promettre la gloire d’un héros et d’un saint, si sa piété l’entraîne à la délivrance de Constantinople et de Jérusalem (2). Plus tard le célèbre Ducange, en publiant les mémoires de Joinville (3), s’adressait à Louis XIV, et le con-

(1) Voyez les lettres de saint François de Sales au marquis de Desayes, ambassadeur de France à Constantinople.

(2) Voyez la collection de Bongars. ( Bibliothèque des Croisades , i°r. vol. )

(3) L’edition de Joinville, par Ducange, est de l’anuéc 1GG8.

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