‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 259 sur 276 · LIVRE XX. 5a · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 5a

jurait, au nom de la France et delà religion, d’ac- 10^0-1700 complir une ancienne prophétie annonçant que la destruction de la puissance ottomane était réservée à la valeur d’un monarque français. Ces souvenirs des temps anciens frappaient vivement l’imagination des générations nouvelles; et lorsque dans son Epître au Roi, Boileau disait :

Je t’attends dans six mois aux bords de l’Hellespont (1),

il n’adressait pas seulement une louange poétique au monarque , mais il se montrait l’ingénieux interprète d’un grand nombre de ses contemporains.

Rien n’était alors plus populaire que les guerres d’Orient. Dix-sept ans après le traité de Carlowitz, nous voyons encore la clirétientés’iutéresser auxévénemens d’une guerre contre les Turcs. Venise, qui craignait de perdre ses possessions dans la Morée, implora le secours d u souverain pontife. Clément XI envoya partout ses légats et ses brefs apostoliques pour engager les peuples et les rois à prendre les armes. Les muses chrétiennes réunirent leur voix à celle du pontife ; la guerre déclarée par les Ottomans à la république de Venise inspira la colère pindarique de J.-B. Rousseau , exilé à Bruxelles, et les vers de ce grand poète, pleins du souvenir des guerres saintes , rappelèrent aux princes de la chrétienté l’exemple de Godefroi , dispersant les inli-

(1) L’Épîlre au roi fut publiée pour la première fois en 1672.

1G90-1 100 dèles dans les plaines d’Ascalon, celui (le Sobicski, vainqueur des Ottomans sous les murs de Vienne. L’Espagne, le Portugal , Gênes , la Toscane, l’Ordre de Malte , armèrent des vaisseaux , et la flotte des confédérés , à laquelle le pape joignit ses galères , parcourut l’Archipel avec le pavillon de l’Église. Les pontifes de Rome , depuis la réforme de Luther, distribuaient rarement les indulgences de la croisade ; Clément prodigua ses propres trésors pour une guerre dont il aurait volontiers , disait-il , acheté les succès par la vente des calices et des ciboires. A sa voix , l’armée impériale marcha au-devant des Turcs qui s’avançaient vers l’Allemagne ; six mille Suisses levés avec les subsides de la cour de Rome, un grand nombre de gentilshommes qu’avaient touchés les périls de l’Église et les exhortations du souverain pontife, se réunirent à l’armée des Allemands } on fit des prières dans toutes les églises pour le triomphe des guerriers chrétiens qui combattaient en Hongrie et dans le Péloponèse. Quand le prince Eugène eut battu les Turcs à Peter-Waradin (1) et sous les murs de Belgrade , qui fut rendue aux chrétiens , le pape , à la tête du sacré collège , se rendit à l’église de Ste.-Marie-Majcure pour remercier le Dieu des

(1) J. -B. Rousseau, qui avait adresse une ode aux princes chrétiens au sujet de la déclaration de guerre faite par la Porte à la république de Venise, en composa une nouvelle sur la victoire de Peter-Waradin; il en publia une troisième sur la paix de Passarovitz.

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