‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 262 sur 276 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

rendit aussi dans la Terre-Sainte , et Jérusalem i reçut eu triomphe l’envoyé du puissant monarque dont le crédit et la renommée allaient protéger les chrétiens jusqu’au-delà des mers. Après le traité de Passarowitz ( i ) , la Porte envoya une ambassade solennelle à Louis XV. Cette ambassade était chargée de présenter au roi très chrétien un firman du Grand-Seigneur, qui accordait aux catholiques de Jérusalem l’entière possession du St.-Sépulcreet la liberté de réparer leurs églises. Les princes de la chrétienté envoyaient chaque année leurs tributs à la ville sainte, et, dans les cérémonies solennelles , l’église de la Résurrection étalait les trésors des rois de l’Occident (2) ; les pèlerins n’étaient plus reçus à Jérusalem par les chevaliers de St. -Jean, mais

(1) Mchémct-cffendi, qui avait 6igné le traité (le Passaroxvitz, était à la tête do cette ambassade. Il nous reste un itinéraire de cet ambassadeur, où il rend compte de plusieurs observations qu’il lit dans son voyage en France.

En échange de son firman, la Porte demandait que la France intervînt auprès de l’Ordre de Malle pour que les navires maltais respectassent la marine ottomane. Depuis celle époque, les navires ottomans e'taieut respectés par les navires maltais.

(2) La piété active d’un seul prêtre a suffi depuis quelques années pour remplacer les libéralités des monarques. Nous voulons parler de l’abbé Desmazurcs, qui a fait longtemps retentir la France et l’Europe de scs prédications en laveur des pauvres babitans delà Terre-Sainte. Ne serait-il pas à désirer qu’011 instituât dans la chrétienté un ordre de chevalerie qui aurait pour but d’assurer des secours aux saints lieux.

par les gardiens du Sépulcre, qui appartenaient à la règle de saint François-d’Assises. Conservant les mœurs hospitalières des temps anciens, le supérieur lavait lui-même les pieds des voyageurs , et leur donnait tous les secours nécessaires pour leur pèlerinage. Par une espèce de miracle sans cesse renaissant, les monumens sacrés de la religion chrétienne , long-temps défendus par les armées de l’Europe, n’ayant plus pour défense que les souvenirs religieux, se conservaient au milieu des barbares sectateurs de l’islamisme : la sécurité qui régnait dans la ville de Jérusalem fit qu’on songea moins à sa délivrance. Ce qui avait suscité l’esprit des croisades dans le onzième siècle, c’était surtout la persécution dirigée contre les pèlerins, et l’état misérable dans lequel gémissaient les chrétiens d’Orient. Lorsqu’ils cessèrent d’être persécutés, et qu’ils eurent moins de misères à souffrir , des récits lamentables ne réveillèrent plus ni la pitié ni l’indignation des peuples de l’Occident , et la chrétienté se contenta d’adresser à Dieu des prières pour le maintien de la paix dans les lieux qu’il avait sanctifiés par ses miracles. Il y avait alors un esprit (i) de résignation qui remplaçait l’enthou-

(i) Cet esprit de résignation se trouve exprimé d’une manière bien singulière dans un extrait des manuscrits de la bibliothèque de Berne :

De la cause pourquoi les Sarrasins possèdent la Terre-Sainte.

Frère Vincent , en un sermon qu’il fit, et qui avait pour

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