‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 264 sur 276 · ÉCLAIRCISSEMENS · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENS

Nous renvoyons au sixième volume t Eclaircissement suites Actes législatifs de Saint-Louis.

N\ Ier.

Lettre de saint Louis h Mathieu , abbé de St. -Denis (i).

Louis , par la grâce rie Dieu, roi des Français, à 6on cher et fidèle Mathieu, abbé de Saint-Denis, salut et affection. Nous vous avons annoncé que nous nous étions embarqué à Aigues-Mortes le icr. juillet, et que le lendemain nous avions mis à la voile pour Tunis. Ayant abordé en Sardaigne sous la conduite de Dieu, nous sommes resté quelques jours sur nos vaisseaux au port de Cagliari , attendant les vaisseaux de nos barons et des autres croisés qui nous suivaient. Après leur arrivée , nous avons tenu conseil et résolu de nous diriger vers Tunis. Nous avons en conséquence remis à la voile, et nous avons abordé au port de Tunis le jeudi d’avant la fêle de sainte Mario- Madeleine; le vendredi nous avons pris terre sans aucun obslaclc. Apres avoir fait débarquer nos chevaux, nous nous sommes avancé jusqu’à

(i) Cotte lettre je trouve an lom. lit du S/iécih/ge , pig. Cjj , éJit. in-foL

l’ancienne ville qu’on nomme Carthage, et nous avons dressé notre camp devant cette ville. Nous avons avec nous notre frère Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, et nos enfans Philippe, Jean et Pierre, notre neveu Robert, comte d’Artois, et nos autres barons. Notre fille la reine de Navarre , les femmes des autres princes, les enfans de Philippe et du comte d’Artois sont sur les vaisseaux près de nous; nous jouissons tous, grâce à Dieu, d’une santé parfaite. Nous vous annonçons qu’après avoir pourvu à tout ce qui était nécessaire, nous avons, avec le secours de Dieu , emporté d’assaut la ville de Carthage , où plusieurs Sarrasins ont été passés au fil de l’épée.

Donné au camp devant cette ville, le jour de la fête de saint Jacques, apôtre, 1270. ( 25 Juillet. )

No. II.

Lettre de Pierre de Condet, chapelain du roi (1), au prieur d A rgenteuil.

Désirant vous faire part de mon état et de notre voyage, je vous apprends qu’après que le roi eut mis à la voitc et souffert plusieurs bourasques sur mer, il. entra le mardi suivant au port de Cagliari eu Sardaigne. Il envoya d’abord l’amiral avec quelques personnes du pays au gouverneur du château. L’amiral trouva des gens durs et récalcitrans qui craignaient beaucoup pour eux-mêmes ; ils ne voulurent pas lui permettre d’entrer. Il rapporta avec beaucoup de peine un peu d’eau douce, un peu d’herbe et uu peu de pain. Le mercredi matin, le roi renvoya avec l’amiral son chambellan et des sénéchaux pour rassurer les gens du château : ils les adoucirent un peu et leur dcinau-

(ï) Pierre de Condet était en io5o chanoine au monastère de Sainte-Marie do Cagia , diocèse de Meaux; en 1394 e1 1 398 , il était archidiacre de l’église de Soissons et clerc du roi de France. ( Yov . toro. 111 du Sficcilege , pag. 66; et suiv.)

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 53g

dèrentla permission de faire descendre à terre nos malades qui étaient en grand nombre, afin qu’ils pussent respirer l’air de la campagne. Les gens du château répondirent à la fin qu’ils voulaient bien que le roi et quelques-uns des siens entrassent au château , pourvu qu’on les garantit de toute violence de la part des Génois, qui sont les seuls qu’ils redoutent , car lesPisans, à qui ce château appartient, sont ennemis des Génois qui sont dans la ville. Le roi, sur cette réponse, fit mettre à terre les malades dont plusieurs moururent; mais d’autres restèrent auprès du roi, tels que le seigneur Philippe, frère du comte de Vendôme; Jean de Corbeil, chapelain, et cent autres environ de moindre condition. Le roi envoya pour garder les malades débarqués Guillaume Breton , huissier de la porte , et Jeau d’Aubergenville, garde de la porte. Le roi resta huit jours dans le port et ne sortit point des vaisseaux. Pendant ce temps arrivèrent le roi de Navarre , le comte de Flandres , le comte de Saint-Paul , le légat, Jean de Bretagne et plusieurs autres. Le roi tint un grand conseil sur le but de l’expédition.

Le mardi suivant, c’est-à-dire la veille de saint Arnoul, toute la flotte sortit du port, et le jeudi elle entra dans le port de Tunis vers la neuvième heure. On vit plusieurs habitans s’enfuir des montagnes pleins d’étonnement ; ils ignoraient sans doute notre arrivée. Le môme jour le roi fit descendre l’amiral dans les galères pour aller reconnaître quels étaient les vaisseaux qui étaient alors dans le port. L’amiral en trouva quelques-uns qui appartenaient aux Sarrasins. Il les arrêta; mais comme ils étaient vides, il les relâcha. Il y avait d’autres vaisseaux marchands qu’il n’arrêta point. L’amiral s’avançant toujours, débarqua sans rencontrer aucun obstacle; il fit savoir au roi qu’il avait pris terre, et le pria de lui envoyer des auxiliaires. Ce message causa un peu de trouble au roi , qui dit que l’amiral n’avait point été envoyé pour cela; il appela son chambellan et lui commanda d’assembler les barons. On

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tint conseil ; les uns furent d’avis qu’on envoyât des auxiliaires; les autres au contraire dirent que cette manière de prendre terre n’était pas bonne. Le seigneur Régnault de Pressigny dit au roi : « Si vous voulez, Sire,

» que chacun fasse du mieux qu’il pourra, il faut laisser » chacun descendre et prendre terre où il voudra. » Après plusieurs débats , il fut arrêté que Philippe d’Evreux et le maître des ballistaircs iraient trouver l’amiral, et que selon ce qu’ils verraient, ils le ramèneraient ou enverraient demander des auxiliaires qui débarqueraient pendant la nuit. Ces envoyés ramenèrent l’amiral; ce retour fut blâmé de plusieurs, parce que le vendredi matin un grand nombre des Sarrasins arrivèrent de tous côtés sur le port : mais le roi ayant de nouveau convoque son conseil , on décida qu’il fallait débarquer; ce qui s’exécuta au nom du roi, dont la galère précédait un peu les autres. On prit terre, grâce à Dieu, mais avec si peu d’ordre, que suivant l’opinion commune une centaine de braves guerriers auraient empêché ou du moins rendu fort dillicile le débarquement tel qu'il s’opéra. Cependant les nôtres ne trouvèrent point de résistance, ils campèrent dans une île qui parut leur présenter deux issues. Elle est longue de plus d’une lieue, et de largeur trois portées de ballisle t elle est entourée de la mer de deux côtés. On jugea qu’on n’y trouverait point d’eau douce : aussi éprouvâmes-nous plus de mal sur terre que sur mer. Quelques-uns des nôtres s’avancèrent le samedi jusqu’à une tour qui était voisine , et où il y avait de l’eau douce dans des citernes; mais ayant été rencontrés par des Sarrasins , plusieurs d’entr’eux furent tués. Cependant quelques soldats servans prirent la tour. Des Sarrasins qui survinrent les y "enfermèrent; et ces soldats y auraient été long-temps retenus si le roi n’eût envoyé à leur secours le seigneur Lancelot, Radulplie de Trapani et plusieurs autres. Ceux-ci auraient etc suivis d’un plus grand nombre si les chevaux avaient été tous débarqués, et si ceux qui l’étaient déjà n’avaient pas été tellement fatigués et barrasses

qu’à peine pouvaient- iis se soutenir. Il y eut ce jour-là un grand combat eniro les Sarrasins et les nôtres. On se battit, non de près, mais de loin ; car les Sarrasins n’osaient approcher de nous. Ils ont des piques qu’ils lancent en fuyant ou en passant. Us tuent les chevaux et non les cavaliers : mais ils tuent aussi tous ceux qui sont à pied et errans. Cependant il y eut dans ce combat peu de morts de part cl d’autre. A la fin on délivra ceux qui étaient dans la tour, et on les fit revenir.

Nous restâmes encore le dimanche dans l’île ; mais le défaut d’eau douce nous força d’en sortir, et le lundi, veille de la Madeleine, toute l’armée s’avança vers le château de Carthage, qui est distant de cette île d’environ une lieue. Dans sa marche l’armée reprit la tour que nous gardons encore; grand nombre de Sarrasins , qui étaient aux environs , prirent la fuite. On campa dans une vallée où il y a une infinité de puits qui servent à l’arroser. On ayait de là accès au port ou aux vaisseaux, et au château. Le mardi , des mariniers vinrent camper auprès du roi, et lui dirent cjuc s’il voulait leur donner quelques troupes de secours, ils lui livreraient bientôt le château de Carthage. On tint conseil et l’on commanda aux soldats de se tenir prêts. Cet ordre ayant élé exécuté le jeudi suivant, le roi donna aux mariniers quatre bataillons , savoir : ceux de Carcassonne , de Châlons , de Périgord et de Bcaucaire, et d’autres gens de pied. Le roi et les autres barous, formant avec leurs troupes dix-sept bataillons, s’avancèrent contre les Sarrasins qui étaient en grand nombre , afin de favoriser l’entreprise et d’empêcher les ennemis d'approcher du château. Enfin pour abréger, les mariniers, secondés par les quatre bataillons, escaladèrent le château à la vue des Sarrasins qui restèrent immobiles; ils mirent en fuite ou tuèrent deux cents hommes de la garnison et les autres habitans du château, dont plusieurs se cachèrent. Il n’y eut aucun des nôtres de blessé, excepté un pauvre marinier qui fut tué. Après la prise du château de Carthage, ceux qui purent

sortir par des souterrains emmenèrent avec eux des vaches cl beaucoup d’autres animaux à la vue des nôtres , qui uc voulurent pas les poursuivre, parce qu’ils n’avaient point encore reçu d’oidre. Nombre de Sarrasins se cachèrent dans des retraites et des caves souterraines du château ; tous les jours on tuait ceux qu’on pouvait y trouver. Quelques-uns y furent étouffes par le feu qu’on y allumait; d’autres y sont encore, et ne peuvent manquer de pe'rir par quelque genre de mort. Sans la mauvaise odeur produite par les cadavres, le roi aurait loge' dans le château : il ordonna pour le moment d’en enlever tous ces cadavres. On prétend ici que celui qui est maître de Carthage est bientôt maître de tout le pays : mais nous ne croyons point à ce dicton populaire , car il y a tant de Sarrasins qui affluent de toutes parts, et ils inquiètent tellement les nôtres, qu’il arrive souvent qu’on crie deux fois le jour aux armes. Cependant les Sarrasins n’osent approcher du gros de notre armée ; ils se contentent de tuer ceux qu’ils trouvent seuls ou errans, ou qui les attaquent. Néanmoins on croit qu’ils ont plus perdu des leurs que nous des nôtres. Quand nous les poursuivons ils s’enfuient, et quand nous nous retirons ils nous lancent leurs piques ou leurs traits. On attend pour les poursuivre tout-à-fait que le roi de Sicile, qui doit venir de jour en jour, soit arrivé. Le roi, pendaut son séjour en Sardaigne, lui avait envoyé un message pour le presser de partir. Amauri des Roches, qui est venu depuis peu , nous a annoncé que d’après ce qu’il avait appris le roi de Sicile ne devait pas tarder d’arriver. Notre roi lui a envoyé de nouveaux députés, et l’on espère que dans six jours ce prince sera ici. Apprenez du reste que je me porte bien : je souhaite apprendre la même chose de vous et de mes autres amis. Le roi et ses eefans, et les princesses, jouissent d’une bonne santé.

Fait au camp sous Carthage, le dimanche d’après la fête de saint Jacques , apôtre.

riÉcÊs JUSTIFICATIVES. 5.J3

Lettre de Pierre cle Condet au Trésorier de Sainl- Frambour de Senlis.

Je ne vous dirai rien pour le moment de l’état de la cour; ceux qui s’en retournent avec le corps de notre roi d’heureuse mémoire, vous en diront assez. Lorsque je vous écrivais la présente, et que j’étais sur le point de la terminer, on est venu m’annoncer que le vaisseau qui devait transporter les corps de cet illustre roi et de son fils le comte de Nevers, et devait faire voile demain vendredi, ne partira que dimanche. J’ai appris aussi que le neveu de Thibault , maître des ballistaircs , porteur de la présente , s’en va sur un vaisseau qui doit faire voile demain. Je me suis donc levé de grand matin, et ayanl une chandelle, j’ai ajouté ceci à ma lettre. Je veux vous apprendre que notre roi Louis est mort lundi , jour de la saint Barthélemy, vers la neuvième heure. Au même moment est arrivé le roi de Sicile, qui n’a pu parler à son frère ; car le roi avait cessé de vivre quand il est venu à son camp. Le trouvant mort , il s’est jeté à ses pieds en pleurant amèrement. Après avoir fait une prière , comme l’attestent ceux qui étaient présens, il s’est écrié plusieurs fois en versant des larmes abondantes : Seigneur , mon Jrère! et il lui a baisé les pieds. Notre roi a choisi Saint-Denis pour sa sépulture, et Royaumont pour celle de son fils le comte de Nevers; car il ne voulait pas que ce fi ls fût enterré dans l’église de Saint-Denis où les rois sont seuls inhumés.

Vous saurez que jeudi le roi de Sicile faisait mettre dans tin petit étang, qui s’avance jusque près de Tunis, quelques vaisseaux légers et bàtimens plats qu’on dit très utiles dans une expédition. Pendant qu’on tirait ces bàtimens vers l’étang, une multitude infinie de Sarrasins se rassemblèrent pour empêcher cette opération : ils étaient venus en plus grande force et avec plus d’ordre que de coutume. Le roi de Sicile les voyant arriver, fit armer scs troupes et envoya secrètement dire aux barons de faire armer

leurs gens et de sortir pour le combat. Ixj comte d’Artois parut le premier, et fondant sur les ennemis avec le roi ^ de Sicile et son fils Philippe de Monifort , ils renversèrent tous trois un si grand nombre de Sarrasins , qu’ils couvrirent la terre de leurs morts jusqu’à une demilieue. Les ennemis furent mis en fuite dans un moment. Plusieurs d’entr’eux croyant se réfugier dans les barges qu’ils avaient umenées, furent noyés dans l’étang, car les mariniers les avaient éloignées par crainte. Il y en a qui estiment jusqu’à cinquante mille (i) le nombre des infidèles tant tués que noyés. Dans ce combat périrent notre amiral et plusieurs autres, dont vous apprendrez sûrement bientôt les noms. Quant à notre roi Philippe, vous saurez qu’il a eu un redoublement de fièvre, et qu’on craignait beaucoup pour ses jours; mais il a eu une sueur qui a fait espérer de sa convalescence. Plusieurs pensent que personne ne peut se conserver en santé dans le pays de Tunis , parce que le petit nombre d’hommes forts et robustes qui y sont tombés malades reviennent avec peine à leur premier état de santé. Us languissent plutôt qu’ils ne vivent sur cette terre maudite ; et cela n’est pas étonnant , l’ardeur du soleil y est si grande, la poussière si incommode, le vent si impétueux, l’air si corrompu, l’odeur des cadavres si infecte , et il y a tant d’autres inconvéniens , que les personnes en santé y éprouvent quelquefois l’ennui de la vie. Aussi croit-on que notre roi Philippe retournera bientôt dans ses étals.

Mandez à l’abbé de Saint-Denis ce que vous jugerez convenable des choses que je vous écris. Excusez- moi auprès de lui de ce que la promptitude du messager ne m’a pas permis de lui écrire non plus qu’à d’autres. Portez-vous bien et long-temps.

Fait au camp pics de Carthage, le jeudi avant la nativité de la Vierge.

(i) Le latin porte quingcnla millia ,* mais il est probable qu'il y a ici faute d'impression.

Lattre de Pierre de Condet à P abbé de Saint-Denit.

Quoique je pense bien que vous êtes instruit de l’état de notre roi et de toute l’armée chrétienne , je veux cependant vous écrire ce que je sais, afin que vous ne m’accusiez pas de négligence ou de désobéissance. Vous saurez d’abord que le roi et la reine, et le seigneur Pierre , frcre du roi, sont actuellement bien portans, et que je puis aussi, grâce à Dieu, être compté parmi ceux qui se portent bien; j’éprouverai un grand plaisir d’apprendre la même chose de vous. Je vous entretiendrai de la paix qui a été conclue entre le roi de Tunis et nos rois et barons. Si je m’eu souviens bien, je vous ai déjà écrit qu’au commencement de la guerre le roi de Sicile avait prié nos barons de ne rien entreprendre contre le roi de Tunis jusqu’à ce qu’ils eussent de scs nouvelles ; ce qui me fait penser qu’il était déjà question de paix entre ces deux princes et du tribut que le roi de Tunis devait rendre ; j’en ai même acquis la certitude d’un chevalier du roi de Sicile , qui avait été envoyé deux fois au roi de Tunis pour ce sujet. Dans celte négociation, le roi de Tunis consentait à payer tribut depuis qu’il règne ; mais le roi de Sicile demandait les arrérages dus dès le temps de Mainfroy et de Frédéric. Dans l’intervalle, notre armée débarqua à Tunis ; c’est pourquoi le roi de Sicile envoya, comme je viens de dire, prier nos barons de ne rien entreprendre jusqu’à ce qu’ils eussent de ses nouvelles. Quand il fut arrivé à notre armée, et qu’il eut trouvé mort notre roi son frère, il lui vint dans l’idée , à ce que je crois, d’obtenir comme par violence ce qu'il n’avait pu obtenir d’abord par la voie de la négociation. Bientôt le roi de Tunis lui envoya faire des propositions de paix, qui furent long-temps ignorées de l’armée. Enfin, après plusieurs pour-parlers, le jeudi d’avant la Toussaint, nos rois et barons et les envoyés du roi de Tunis convinrent unanimement de la paix qui fut faite de la manière suivante : Le seigneur Geoffroy de Bellemont et autres furent envoyés le samedi suivant au roi de Tunis, qui jura devant

eux qu’il permettrait aux chrétiens d’habiter dans les villes de son royaume, et d’y posséder librement et paisiblement des propriétés et autres biens quelconques, sans exaction ou servitude , à la réserve d’un cens qu’ils payeraient au roi pour leurs possessions , comme c’est la coutume aux chrétiens libres. Il sera permis à ces chrétiens de construire des églises et d’y prêcher publiquement. Le roi de Tunis a promis de donner au roi de France et à scs barons, poulies dépenses de leur expédition, deux cent dix mille onces d’or ; chaque once valant cinquante sols tournois. Il a déjà payé la moitié de cette somme; l’autre moitié sera acquittée dans deux ans à la fête de tous les saints. Le même roi de Tunis a promis de payer au roi de Sicile un tribut pendant quinze ans, savoir: vingt-quatre onces d’or tous les ans pour les douze onces qu’il devait auparavant. Ce tribut doit commencer à la Toussaint prochaine. Le roi a déjà payé cinq années d’arrérages , c’est-à-dire soixante onces d’or. D’après le traité, il a rendu tous les chrétiens qu’il tenait prisonniers , et les chrétiens lui ont rendu tous les; Sarrasins qu’ils avaient en leur pouvoir.

La paix étant ainsi faite, nos rois ont ramené tous leurs gens sur leurs vaisseaux, le mardi d’après la Saint-Martin d’hiver. Le roi de Sicile doit encore rester quelque temps pour recueillir les pauvres et les derniers. Il a été décidé que tous aborderaient aux ports de Trapani et de Palermc. J’ignore ce qui sera décidé dans ces lieux. Cependant quelques-uns murmurent de ce qu’une partie de l’armée doit aller dans la Terre-Sainte , tels que peut-être le comte de Poitiers et le seigneur Pierre, chambellan , avec plusieurs troupes soldées, et une autre partie dans la Grèce contre Paléologue, tels que le roi de Sicile et plusieurs barons , aussi avec des troupes soldées. Quant au roi de France, il doit se rendre directement dans son royaume. On dit cependant qu’il ira à la cour de Rome, et qu’il aura toujours avec lui ou près de lui le corps de son père. Je ne sais rien de positif sur toutes ces choses. Lorsque j’en serai mieux informé, je vous le manderai avec plus de cer-

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tilude. Portez-vous bien cl long-temps. Comme je n’ai pas le temps d’écrire à tous mes supérieurs , et que j’écris le jour même où presque tous les chrétiens quittent la terre des Sarrasins , je vous prie d’informer le prieur d’Argcnteuil et le trésorier de Saint-Franbaud de ce, que vous croirez pouvoir les intéresser dans ma lettre.

Fait au port de Tunis , le mardi de la Saint-Martin d’hiver.

Lettre de Pierre de Condet au prieur Æ Argent euil.

V ous êtes sans doute déjà informé de l’c'tat du roi et de toute l’armée chrétienne. Cependant pour que vous ne m’accusiez poiut de négligence, je vais vous écrire ce que j’ai appris. Vous saurez d’abord que le roi et le seigneur Pierre , son frère , jouissent d’une parfaite santé. La mienne, grâce à Dieu, est aussi bonne. J’éprouve toujours un nouveau plaisir lorsque j’apprends que vous vous portez de même. Vous avez, je pense, entendu parler de la paix faite entre nos rois et barons et le roi de Tunis. L’abbé de Saiut-Denis, à qui j’en ai écrit le jour même où j’en ai su la nouvelle, vous en aura instruit. L’embarras des affaires qui m’occupaient , au moment où je suis remonté sur les vaisseaux, m’a empêchéde vous écrire alors. Je ne vousdirai donc rien aujourd’hui sur celte paix, mais je vous parlerai de ce qui est arrivé depuis, quoique je pense bien que vous le savez déjà.

Le mardi de l’octave de ia Saint-Martin d’hiver, notre roi et les autres barons quittèrent le port de Carthage vers la neuvième heure. Un grand nombre de personnes de toute condition qui restèrent à terre s’embarquèrent la nuit suivante, sous la conduite et la garde du connétable, du maréchal de France et du chambellan. Le mercredi tout le reste vint à bord avec leurs bagages. Le roi de Tunis, il faut l’avouer, se conduisit envers les chrétiens avec assez de bienveillance et de fidélité. Il avait envoyé une troupe de chrétiens et de Sarrasins armés pour protéger le

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départ de l’armée. Le jeudi, notre roi ordonna qu’on fît voile, et toute la (lotte mit en mer. Une partie entra heureusement le vendredi dans le port de Trapani. Vers le milieu de la nuit suivante, le roi de Sicile y aborda sur une galère. Notre roi et la reine y arrivèrent le samedi vers la neuvième heure aussi sur une galère, et le reste les suivit le même jour : mais celui qui avait accordé une course si heureuse à ces navigateurs, permit qu’il s’élevât dans la nuit du samedi une tempête si grande, que le dimanche malin on pouvait avec peine monter de la terre sur les vaisseaux , ou descendre des vaisseaux à terre. Elle augmenta si fort pendant tout le jour qu’il fut impossible à ceux qui restaient à bord de descendre. Toute la nuit du dimanche, tout le lundi et la nuit suivante , cette tempête fut si violente que des matelots assurent n’en avoir point encore vu de pareille ; les mâts furent brisés , les ancres rompues, et les vaisseaux même les plus grands furent abîmés au fond de la mer comme une pierre. Outre la perte des choses , on doit regretter celle des personnes de tout rang, de tout âge, qu’on évalue au nombre de quatre mille. Plusieurs de ceux qui ont survécu à ce désastre sont morts ensuite de douleur, et l’on en compte plus de mille. L’évêque de Langres s’étant échappé de son vaisseau avec un seul écuyer, monta sur sa petite barge et ceignit a tunique autour de son corps, prêt à nager ou plutôt à faire naufrage si Dieu l’eût voulu. Il y avait, dit-on, sur sou vaisseau mille personnes qui furent submergées. Ce nombre est assez vraisemblable, car le vaisseau était grand et il en était sorti peu de monde. Sur ce bâtiment périt celui qu’on appelle Bonabucca. On a perdu dans cette tempête dix-liuit vaisseaux grands, forts et neufs , avec tout leur équipage et leur charge , sans compter d’autres plus petits dont je ne parle point.

Le mardi, jour de la Sainte-Catherine, après que la tempête eut cessé, nos rois et barons tinrent conseil, tant sur ce qui s’était passé que sur ce qui pouvait arriver, et sur des des seins futurs, je dis des desseins futurs, parce que nos rois et

nos barons jurèrent qu’ils se réuniraient dans trois ans, le jour de la Sainte-Madeleine, dans un port qu’on désignerait pour aller dans la Terre-Sainte. Chacun eu fit le serment en particulier, et s’engagea tout autant que le roi de France n’aurait point alors de motifs de se dispenser de son vœu. Le roi demeura ensuite quinze jours à Trapani; peut-être serait-il parti plus tôt s’il n’eût été retenu par la maladie du roi de Navarre, qui avait été saisi de la fièvre au port de Carthage. Ce prince, qui s’était si honorablement conduit dans l’armée, mourut à Trapani , le jeudi d’avant la Saint-Nicolas. Un grand nombre des nôtres y moururent aussi , et plusieurs y restèrent malades. Notre roi , après avoir passé le phare de Messine, arriva à Cosauce, vil le de la Calabre, le dimanche d’après l’Épiphanie. La reiue, accablée de douleur et de fatigue , mit au monde avant terme un fils- qui passa presqu’aussitôt du berceau dans la tombe , laissant sa mère dans les larmes et dans l’allliction. Cette princesse expira bientôt elle-même vers le milieu de la nuit , le mercredi d’avanL la Chandeleur. Notre roi est dans un chagrin extrêrJÇj de celte mort , et l’on doit craindre pour lui-même s’il y persévère long-temps. En partant de Cosance, il ira à Rome et ensuite en France, suivant que Dieu en disposera; car sachez que comme il meurt tant de monde de l’armée, soit auprès de lui , soit autour de lui , il n est personne qui puisse se rassurer contre la contagion de la maladie. Priez donc Dieu pour moi : j’estime que ceux qui pourront échapper au mal et suivre le roi arriveront en France vers la Pentecôte, ou un peu avant, faites part de ma lettre si vous le voulez au doyen d’Argenteuil.

Faità Cosance eu Calabre, le vendrediavanlla Purification.

K'o. III.

Instructions de saint Louis au lit de mort, adressées h son ) ils Philippe-le-Hardy (i).

Cher fils, pour ce que je désire de tout mon cœur que

(i) LcsJitcs instructions ont etc inscrites dans un registre de ta

55o PIÈCES JUSTIFICATIVES,

tu sois Lien enseigne en toutes choses , j’ai pensé que tu recevrois plusieurs cnseignemens de cet écrit, car je t ai ouï dire aucunes fois que tu retiendrois plus de moi que de tout autre.

Cher fils je t’enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela nul ne peut rien valoir : tu le dois garder de toutes choses que tu penseras devoir lui déplaire, et qui sont en ton pouvoir, et spécialement tu dois avoir cette volonté que tu ne fasses péché mortel pour nulle chose qui puisse arriver, et qu avant tu souffrirois tous tes membres être hachés et ta vie enlevée par le plus cruel martyre plutôt que tu ne fasses péché mortel avec connoissance.

Si Notre -Seigneur t’envoie aucune persécution ou maladie ou autre chose, lu la dois souffrir débonnairement , et l’en dois remercier et savoir bon gré; car tu dois penser qu’il l’a fait pour ton bien , et tu dois encore penser que tu l’as bien mérité , et plus encore s’il le veut , pour ce que tu l’as peu aimé et peu servi , et pour ce que tu^as fait maintes choses contre sa volonté.

Si Notre-Seigneur t’envoie aucune prospérité ou de santé de corps ou d’autre chose , lu l’en dois remercier humblement , et tu dois prendre garde que, de ce tu ne te décries , ni par orgueil , ni par autre tort, car c’est grand péché que de guerroyer Notre-Seigneur de ses dons.

Cher fils, je t’enseigne que tu choisisses toujours confesseur de sainte vie et suffisante science, par quoi tu sois enseigné des choses que tu dois éviter et des choses que tu dois faire; et aies telle manière en toi par laquelle les conlesseurs et amis t’osent hardiment enseigner et reprendre.

Cher fils , je t’enseigne que tu entendes volontiers le service de sainte Eglise; et quand tu seras à la chapelle, garde-toi d’oser parler vaines paroles. Tes oraisons dis avec recueillement ou par bouche ou de pensée, et spécialement,

Chambre des comptes. Pour en faciliter la lecture au grand nombre, quelques expressions ont etc rajeunies.

sois plus alleniif à l’oraison quand le corps de Nolre-Scigneur sera présent à la messe.

Cher fils , aie le coeur compalissaiU envers les pauvres et envers tous ceux que tu penseras qui ont souffrance Je cœur ou de corps , et suivant ton pouvoir , soulage-les volontiers de consolations ou d'aumônes y si tu as malaise de cœur, dis-le à tou confesseur ou à tout autre que tu penses qui soit loyal ou qui te sache bien garder secret ; pour ce que lu sois plus en paix , ne fais que choses que tu puisses dire.

Cher fils , aie volontiers la compagnie des bonnes gens avec toi , soit de religion, soit du siècle, et esquive la compagnie des mauvais : aie volontiers bons parlemens avec les bons , et écoute volontiers parler de Notre-Seigneur en sermons; et en privé pourchasse volontiers les pardons. Aime le bien eu autrui , et hais le mal , et ne souffre pas que l’on dise devant toi paroles qui puissent attirer gens à péché. N’écoute pas volontiers médire d’autrui ni nulle parole qui tourne à mépris de Noire-Seigneur ou de Notre-Dame , ou des Saints. Telle parole ne souffre sans en prendre vengeance, que si clic venait de clerc ou de si grande personne que tu ne puisses punir , fais le dire à celui qui pourroit en faire justice.

Cher fils , prends garde que tu sois si bon en toutes choses, que, par-là, il appert que lu reconnoisses les bontés et les honneurs que Notre-Seigneur t’a faits, en telle manière que s’il plaisoil à Notre-Seigneur que tu viusses.à l’honneur de gouverner le royaume, tu fusses digne de recevoir la sainte onction dont les rois de France sont sacrés.

Cher fils, s’il advient que tu parviennes au royaume, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est-à-'diie que tu sois si juste, que tu ne t’écartes de la justice, quelque chose qui puisse arriver. S’il advient qu’il y ail querelle entre un pauvre et un riche , soutiens de préférence le pauvre au riche jusqu’à ce que tu saches vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice. S’il advient que

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tu aies querçlle contre autrui , soutiens la querelle de l’étranger devant ton conseil : ne fais pas semblant d’aimer trop ta querelle, jusqu’à ce que tu commisses la vérité; car ceux de ton conseil pourroient craindre de parler contie toi , ce que tu ne dois pas vouloir.

Chers fils, si tu apprends que tu possèdes quelque chose à tort, ou de ton temps ou de celui de tes aucêtres, aussitôt rends- le , toute grande que soit la chose , en terre, deniers ou autre chose. Si la chose est obscure par quoi tu n'en puisses savoir la vérité, fais telle paix par conseil de prudhommes par quoi ton âme et celle de tes ancêtres soient du tout délivrées : et si jamais tu entends dire que tes ancêtres a'ent restitué, mets toujours soin à savoir si rien ne reste encore à rendre, et si tu le trouves, fais le rendre aussitôt pour la délivrance de ton âme et celle de tes ancêtres.

Sois bien diligent de faire garder en ta terre toutes manières de gens, et spécialement les personnes de sainte Église; défends qu’on ne leur fasse tort ni violence en leurs personnes ou en leurs biens , et je veux te rappeler uue parole que dit le roi Philippe , un de mes aïeux , comme un de son conseil m’a dit l’avoir entendu. Le roi étoit un jour avec son conseil privé, et disoient ceux de son conseil que les clercs lui faisoient grand tort , et que l’on s’émerveilloit comment il le soufFroit. Il répondit : a Je crois bien qu’ils me font grand tort; mais quand je pense aux honneurs que Noire-Seigr.eur me fait , je préfère de beaucoup souffrir mon dommage , que faire chose par laquelle il arrive esclandre entre moi et sainte Église. » Je te remémore ceci pour que tu ne sois pas léger à croire autrui contre les personnes de sainte Église. De telle façon les dois honorer et garder qu’ils puissent faire le service de Noire-Seigneur en paix; ainsi t’enseigne-je, que tu aimes principalement les gens de religion, et les secoures volontiers dans leurs besoins, et ceux que penseras par lesquels Notre-Seigneur est le plus honoré et servi , ceux là , aime-les plus que les autres.

Cher fils , je t’enseigne que tu aimes et honores ta mère, et que tu retiennes volontiers et observes ses bons enseiguemens, et sois enclin à croire ses bons conseils ; tes frères aime et veuille toujours leur bien et avancement, et leur tiens lieu de père pour les enseigner à tous biens; et prends garde que par amour pour qui que ce soit , tu ne déclines de bien faire, ni ne fasses chose que tu ne doives.

Cher fds , je t’enseigne que tous les bénéfices de sainte Église que tu auras à donner, tu les donnes à bonnes personnes par grand conseil de prudhommes , et il me semble qu’il vaut mieux que lu donnes à ceux qui n’ont rien , et qui en feront bon emploi si les cherches bien.

Cher fils, je t’enseigne que tu te défendes , autant que cela te sera possible, d’avoir guerre avec nul chrétien , et , si l’on te fait tort , essaie plusieurs voies pour savoir si tu ne pourras trouver moyen de recouvrer tou droit avant do faire guerre, et aie attention que ce soit pour éviter les péchés qui se font en guerre. Et s’il advient qu’il te la convienne faire, ou pour ce qu’aucun de tes hommes manque en ta cour de droit prendre , ou qu’il fît tort à aucune église ou à quelque personne pauvre que ce fût , et ne se veuille pas amander , par quoi ou pour autre cas raisonnable, pour quelque chose que ce fût qu’il te convient de faire guerre, commande diligemment que les pauvres gens qui n'ont fautes ou forfaits soient gardés , que dommage ne leur vienne ni par incendie ni par autre chose ; car il te vaudroit encore mieux que tu aies à craindre le malfaiteur, pour prendre ses villes ou ses châteaux par force de siège; et garde que lu sois bien conseilléavant que tu meuves nulle guerre, que la cause soit beaucoup raisonnable, et que tu aies bien sommé le malfaiteur^ et autant attendu , comme tu le devras.

Cher fils, je t’enseigne que les guerres et débats qui seront en ta terre ou entre tes hommes, tu te mettes en peine, autant que tu le pourras , de les apaiser ; car c’est une chose qui plaît beaucoup à Notre-Seigneur, et messire saint Martin nous a donné beaucoup grand exemple, car il alla

pour mettre concorde entre les clercs qui étoient en Farclievêclié^ au temps qu’il savoit par Notre-Scigncur qu’il devoit mourir; et il lui sembla que par-là il meltoit bonne fin à sa vie.

Cher fils, prends garde qu’il y ait bons baillifs et bons prévôts en ta terre, et fais souvent prendre garde qu’ils fassent bien justice, et qu’ils ne fassent à autrui tort ni chose qu’ils ne doivent : de même ceux qui sont eu ton hôtel, fais prendre garde qu’ils ne fassent aucune injustice; car combien que tu dois haïr tout mal fait à autrui, tu dois plus haïr le mal qui viendrait de ceux qui de toi reçoivent le pouvoir que tu ne dois des autres, et plus dois garder et défendre que cela n’advienne.

Cher fils , je t’enseigue que tu sois toujours dévoué à l’église de Rome et à notre Saint-Père le pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel.

Cher fils, donne volontiers pouvoir à gens de bonne volonté qui en sachent bien user , et mets grande peine à ce que les péchés soient ôtés en ta terre, c’est-à-dire le vilain serment en toutes choses qui se fait ou dit à mépris de Dieu ou de Notre-Dame et des saints; péchés de corps , jeux de dés, taverniers et autres péchés. Fais abattre en ta terre, sagement et en bonne manière , les traîtres à ton pouvoir ; fais-les chasser de ta terre et les autres mauvaises gens , tant quelle en soit bien purgée. Lorsque, par sage conseil de bonnes gens, tu entendras quelque chose à bien faire, avance-lcs par tout ton pouvoir; mets grand soin à ce que tu fasses reconnaître les bontés que Notre-Seigneur t’aura faites , et que tu l’en saches remercier.

Cher fils , je t’enseigne que tu mettes grande entente à ce que les deniers que tu dépenseras soient à bon usage dépensés , et qu’ils soient levés justement : c’est un sens que je voudroisquetueusses beaucoup, c’est-à-dire que tu te gardasses de folles dépenses et de mauvaises prises , et que tous les deniers fussent bien pris et bjen employés , et ce sens

t’cnsci givj Noire-Seigneur, avec les autres sens qui te sont profitables et convenables.

Cher fils , je te prie que, s’il plaît à Notre-Seigneur que je trépassé de cette vie avant toi , que tu me fasses aider par messes et par oraisons, et que tu envoies par les congrégations du royaume de France , pour leur faire demander prières pour mon âme , et que tu entendes à tous les biens que tu feras, que Notre-Seigneur m’y donne part.

Cher fils , je te donne toute la bénédiction que le père peut et doit donner à son fils , et prie Notre-Seigneur Dieu Jésus-Christ que , par sa grande miséricorde et par les prières et par les mérites de sa bienheureuse mère la vierge Marie, et des anges et des archanges, et de tous saints et de toutes saintes, qu’il te garde et défende que lu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu’il te donne grâce de faire sa volonté, et qu’il soit servi et honoré par toi; et puisse-t-il accorder à toi et à moi, par sa grande générosité , qu’après cette mortelle vie. nous puissions venir à lui pour la vie éternelle, là où nous puissions le voir, aimer et louer sans fin. Amen.

A lui soit gloire, honneur et louange, qui est un Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, sans commencement et sans lin. Amen.

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