‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 27 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

belliqueuse qui avait si long-temps déchiré le sein rz(i8 de la patrie, se tourna toul-à-coup contre les infidèles , et ce qui ne fut pas sans un résultat heureux pour un royaume épuisé par de longues calamités, toutes les passions de la guerre civile se portèrent alors vers la nouvelle croisade. La même ardeur se manifesta dans le royaume d’Ecosse, où Jean de Bailleul et plusieurs seigneurs s’enrôlèrent sous les bannières de la guerre d’Oricnt.

La Catalogue et la Castille fournirent un grand nombre de croisés; le roi de Portugal et Jacques, roi d’Aragon, prirent la croix. Déjà l’une des filles du prince aragonais, Dona Sancha , ayant fait un pèlerinage à Jérusalem, était morte à l’hôpital de St.-Jean , après s’être dévouée pendant plusieurs années au service des malades et des pèlerins. Jacques avait plusieurs fois vaincu les Maures ; mais ses exploits contre les infidèles , et le souvenir d’une fille martyre de la charité chrétienne , ne soutenaient point sa piété contre les passions mondaines, et ses honteuses liaisons avec Bérengère scandalisaient la chrétienté.

Le pape, à qui il communiqua son dessein d’aller dans la Terre-Sainte, lui répondit que Jésus-Christ ne pouvait agréer les services d’un prince qui le crucifiait tous les jours par ses péchés (t). Leroi d’Aragon, par une étrange réunion de sentimens opposés, ne voulut ni renoncer

(i) Voy. la lettre que ce pape écrivit au roi d’Aragon, rapportée par Raynaldi , ad ann. 12O6, u°. 27.

iu68 à Bércngcre, ni abandonner son projet de combattre les infidèles en Orient, il renouvela son serment à Tolède, dans une grande assemblée, à laquelle assistaient des ambassadeurs du kan des Tartarcs et du roi d’Arménie. Nous lisons dans une dissertation (i) espagnole sur les croisades, qu’Alpbonse-lc-Sage, qui ne put partir lui-même pour l’Orient , fournit au roi d’Aragon un secours de cent hommes et de cent mille maravedis en or; l’ordre de Saint-Jacques et d’autres ordres de chevalerie, qui avaient souvent accompagné le vainqueur des Maures dans ses batailles , lui fournirent aussi de l’argent et des hommes. La ville de Barcelonne lui olfriL 80,000 sous barcelonnais , Majorque 5o,ooo sous d’argent avec deux navires équipés. La Hotte, composée de trente gros vaisseaux et d’un grand nombre de navires, sur lesquels étaient embarqués 800 hommes d’armes et 9.0,000 fantassins , partit de Barcelonne le 4 septembre 1968. Arrivée à la hauteur de Majorque, elle fut dispersée par une tempête; une partie des vaisseaux arriva en Asie, une autre entra dans les ports de Sardaigne; le vaisseau que montait le roi d’Aragon fut jeté sur les côtes du Languedoc.

(i) Cette dissertation , qui nous a été adressée par l’auteur, a pour titre : Dissertation historique sur la part que prirent les Espagnols aux guerres d‘ outre-mer, et sur l' influence qu’eurent ces expéditions depuis le XIe. jusqu’au \y<\ siècle , par don Fcrnandès de Crevarellc. Cet ouvrage, où régnent une sage critique cl une saine érudition , renferme beaucoup de pièces et de documcns précieux.

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