LIVRE XVII
L 'arrivée à Ptolémaïs tics croises aragonais (1), commandés par un fils naturel de Jacques , rendit quelque espoir aux Francs de la Palestine. Un envoyé du roi d’Aragon , au rapport des chroniques orientales, se rendit auprès du kau des Tarlares pour lui annoncer que le monarque espagnol allait arrivcravec une armée; mais Jacques n’arriva point, soit qu’il fût retenu en Occident par les discours et les charmes de Bérengère , soit que la tempête qui avait dispersé sa Hotte lui eût fait croire que le ciel s’opposait à son pèlerinage. On avait blâmé son départ, dans lequel il semblait mépriser les conseils du Saint-Siège; on blâma son retour, qu’on attribua à ses honteux pcnchans (2). Des murmures s’élevèrent aussi contre le roi de Portugal qui avait levé des décimes, et ne quittait point son royaume.
Tous ceux qui s’intéressaient en Europe au succès de la croisade, avaient alors les yeux sur le royaume de Naples, où Charles d’Anjou faisait de grands préparatifs pour accompagner son frère dans l’Orient; mais ce royaume, récemment conquis, devait être encore le théâtre d’une guerre
(1) Ibn-Fcrat fait mention «le l’arrivée tic ccs croisés aragonais. ( Voy. aux Extraits des auteurs arabes.)
(2) Il reprit honteusement le chemin de la Catalogne , dit l’auteur de la Chronique de Simon de Montfort, semb table au Jupiter de la fable, qui quitta le ciel pour suivre une génisse ; le chroniqueur ajoute que Dérengèrc n’était pas un holocauste digne de la Divinité.
Cto HISTOIRE DES CROISADES. .
1168 allumée par la vengeance el l'ambition. Il arriva dans l’état de Naples et de Sicile, qui avait si souvent changé de maître, ce qui arrive presque toujours après une révolution : les espérances trompées se changèrent en haines ; les excès inséparables d’une conquête , la présence d’une armée fière de scs victoires , le gouvernement trop violent de Charles, animèrent les peuples contre le nouveau roi. Clément IV crut devoir lui donner un avertissement salutaire. « Votre royaume , lui écrivait- » il , épuisé d’abord par les agens de votre auto- » rite, est déchiré maintenant par vos ennemis ; » ainsi la chenille détruit ce qui a échappé à la » sauterelle. Le royaume de Naples et de Sicile » 11’a pas manqué de gens qui le désolaient : où « sont maintenant ceux qui le défendront (1) ? » Cette lettre du pape annonçait les orages prêts à éclater j beaucoup de ceux quiavàientappelé Charles par leurs vœux, regrettèrent la maison de Souabe, et portèrent leurs nouvelles espérances vers Conradin, héritier de Frédéric et de Conrad. Ce jeune prince quitta l’Allemagne avec une armée, et s'avança en Italie , se fortifiant dans sa marche du parti desGibelins et de tous ceux que la domination de Charles avait irrités. Toute l’Italie était en feu., et le pape, protecteur de Charles, retiré à Vi» lerbe, n’avait plus pour sa propre défense que les foudres de l’Eglise.
Cependant Charles d’Anjou rassembla des trou-
(1) Ravnaidi rapporte celle lettre, ad ann. 1268, n°. 36.