LIVRE XVII. Ci
pes cl vint au-devant de son rival; les deux armées 12G8 se rencontrèrent dans la plaine de St. -Valentin, près d’Aquila ; l’armée de Conradin fut taillée on pièces , et le jeune prince tomba au pouvoir du vainqueur (1). La postérité n’a point pardonné à Charles d’avoir abusé de sa victoire (9.) jusqu’au point de faire condamner et décapiter son ennemi vaincu et désarmé (3). Après cette exécution, la Sicile et le pays de Naples furent livrés à toutes les fureurs d’une tyrannie jalouse et soupçonneuse; car la violence appelle la violence, et les grands crimes de la politique ne viennent jamais seuls.
C’est ainsi que Charles se disposait à la croisade ; d’un autre côté la Providence lui préparait de terribles catastrophes : « Tant il est vrai , dit un
(i) Au rapport de Ricordan et du manuscrit de Jordan , Erard de Valeri qui, de retour de la Palestine avec plusieurs croises, se trouvait dans l'armée de Charles, fit, par ses conseils, pencher la victoire du côté de ce prince.
(a) Mézeray explique ainsi le meurtre de Conradin. « Comme Charles eut résolu de passer en Afrique avec le » roi saint Louis, ne sachant que faire de Conradin et de » Frédéric, qu’il était très dangereux de garder, et encore » plus de relâcher dans un royaume tout plein de factions » et de révoltes, il leur fit faire leur procès par les syndics » des villes du royaume. »
(3) Suivant le manuscrit de Jordan, le roi Charles fit venir les principaux de toutes les villes du royaume poulies consulter sur ce qu’il devait faire de ses prisonniers. Le plus grand nombre fut d’avis qu’ils devaient être punis de mort comme coupables de lèze-ma jesté ; mais d’autres furent contraires à cet avis.
Gu HISTOIRE DES CROISADES. •
viGH » historien , que Dieu donne aussi souvent les » royaumes pour punir ceux qu’il élève, que pour »> châtier ceux qu’il assujettit. »
t'xGt) Pendant que ces scènes sanglantes se passaient en Italie, Louis IX poursuivait l’ouvrage de la paix publique et l’entreprise de la croisade. Le saint monarque n’oubliait point que la plus sûre manière d’adoucir les maux de la guerre et ceux de son absence, c’était de faire de bonnes lois; il rendit alors plusieurs ordonnances ; et chacune de ces ordonnances était un monument de sa justice (i). La plus célèbre de toutes, est la pragmatique-sanclion (2); celte ordonnance royale, qui avait pour but de régler les élections ecclésiastiques, de
(1) Oa peut voir à la fin de ce volume un Eclaircissement sur les actes legislatifs de saint Louis, depuis l’année 1228 jusqu’en 1269; on y a rapporté tous les actes de ce prince, soit pour l’allranchissement des communes, soit pour l’administration intérieure du royaume, soit pour les transactions privées de la couronne.
(a) La pragmatique-sanction de saint Louis n’est, à proprement parler, qu’une ordonnance qui prescrit l’exécution, dans le royaume, d’un ancien canon del’églisesurlemodc des élections ecclésiastiques, les droits de patron sur les églises, les promotions et collations de bénéfices ; la seule disposition dirigée immédiatement contre les prétentions de la cour de Rome, est celle qui est relative aux exactions et levées de deniers ; on peut voir cette ordonnance tout entière dans l’Eclaircissement déjà cité; elle est du mois de mars 1269. On doit remarquer que les conseillers de la couronne profilèrent de la vacance du Saint-Siège pour faire celte ordonnance.