LIVRE XVII. G
maintenir lesancienncsimmunilésdcs églises, et de défendre les droits et les revenus du clergé contre les prétentions et les envahissemens du gouvernement romain , devint dans la suite le fondement «les libertés gallicanes. Louis IX s’occupait aussi «l'elever ce monument de législation (i) auquel la postérité a donné son nom , et dont l’esprit de sagesse et d’équité servit de modèle et de lumière a ceux qui, dans les Ages suivans, entreprirent de réformer et d’améliorer les lois du royaume.
Le comte de Poitiers , qui devait accompagner son frère, travaillait eu même temps à pacifier ses provinces , et fit beaucoup de règlemens pour le maintien de l’ordre public. 11 s’occupa surtout «l’abolir la servitude , ayant pour maxime, disait-il , que les liuni mes naissent libres , et qu’il est toujours sage de faire retourner les choses à leur origine (2). Ce bon prince s’attira les bénédictions «lu peuple, et l’amour de ses vassaux assura la durée des lois qu’il avait faites.
Nous avons dit que le prince Édouard, fils aîné
(1) Voyez l’Eclaircissement sur les actes de Louis IX. On doit croire que les e'tablissemens de saint Louis furent l’ouvrage de tout son règne.
(2) Le pape Clément, en exhortant ce prince à exécuter son vœu , s’exprime ainsi : Sicut vir strenuus et magnifiais voluni crucis prosequerc. l’uis il ajoute ce conseil salutaire: Prias lamen terris lais ex ordinc visilalis et luis Jadis plenius cmendalis ; immolantium enitn ex iniquo voto reprobat altissimus; nec prodest corporis exercitium , dum promit animam mole sua peccalum. ( Rcg. 2, ep. 335. )
iîGt) d’Henri III, avait fait le serment de combattre les infidèles j mais l’Angleterre, épuisée parles guerres civiles , ne pouvait suffire aux dépenses d’une expédition lointaine. Louis IX, qui estimait la bravoure du jeune prince croisé, et voulait l’avoir pour compagnon d’armes dans la guerre sainte, vint à son secours els’engagea à lui prêter soixantedix mille livres tournois. Sur ces soixante-dix mille livres tournois , vingt-cinq mille livres devaient être payées à Gaston, vicomte de Béarn, lequel avait pris l’engagement de suivre Édouard à la croisade ; pour garantie de la somme empruntée, le fils d’Henri III engageait les revenus de la Guyenne , ses domaines particuliers , et donnait de plus son propre fils en otage. Il jurait en même temps que tant que durerait le saint pèlerinage, il obéirait au roi de France , en bonne foi , ainsi comme un des barons de son royaume (i).
J270 On approchait de l’époque marquée pour le départ de l’expédition. Par ordre du légat , les curés, dans chaque paroisse , avaient pris les noms des croisés (2), pour les obliger de porter publi-
(1) Ce traite , rédige en vieux français , renferme beaucoup de details curieux; on le trouvera dans la Bibliothèque des Croisades , extrait des Actes de Byriier.
(2) En l’année 1269, les curés, par suite d’un ordre du légat, avaient pris les noms des croisés pour les obliger de porter publiquement la croix, et tous étaient avertis de se tenir prêts pour s’embarquer avec le roi au mois de mai de l’année 1270. ( Voy. /List. de saint Louis , par Filleau de la Chaise, lom. 2, pag. 620. )