‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 31 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

quement la croix , et tous étaient avertis de se 1370 tenir prêts à s’embarquer au mois de mai 1270. D’après l’usage suivi dans les croisades , Louis fit son testament ; il laissa à Agnès, la plus jeune de ses filles, dix mille francs pour se marier , et quatre mille francs à la reine Marguerite ; le monarque confia l’administration du royaume, pendant son absence , à Mathieu, abbé de St. -Denis, et à Simon, sire de Nesle; il avait écrit à tous les seigneurs qui devaient le suivre en Orient, pour leur recommander de rassembler leurs chevaliers et leurs hommes d'armes. Comme l’enthousiasme religieux n’était point assez puissant pour faire oublier les intérêts de la terre, plusieurs seigneurs qui avaient pris la croix , craignirent d’être ruinés dans la guerre sainte ; la plupart hésitaient à partir. Louis prit l’engagement de fournir aux dépenses de leur voyage , et de les entretenir à ses frais pendant la guerre, ce qu’on n’avait pas vu dans les croisades de Louis VII et dePhilippe-Auguste.il nous reste un précieux monument de cette époque; c’est une charte (1) par laquelle le roi de France réglait ce qu’il devait payer à un grand nombre de barons et de chevaliers, pendant tout le temps que durerait la guerre d’outre-mer.

Chacun des seigneurs à qui le roi accordait une solde , devait recevoir une somme proportionnée à son rang et aux dépenses qu’il avait à faire.

(1) Voyez le texte de cette charte aux Pièces justificatives, à la fin de ce volume.

Cette solde était accordée pour un an , lequel an devait commencer lorsque les croisés seroient arrivés à terre seiche de la mer. Le roi devait payer la moitié de la somme convenue , là où l’année commençait , et l’autre moitié , quand la première moitié du demi-an seroit passée. S’il arrivait que les croisés séjournassent dans une île , par quoy il demoureroit mer derrière eux , l’année commencerait quand ils seroient arrivés pour séjourner ; l’arclievêque de Reims et l’évêque de Langres avaient chacun onze mille livres tournois ; ils conduisaient soixante chevaliers pour le passage desquels le roi devait fournir un vaisseau. Nous remarquons dans la liste qui est sous nos yeux que les conventions n’étaient pas les mêmes pour tous : on voit , par exemple , Guillaume de Courtenay et Gilles de Mailly recevoir , l’un pour lui et pour dix chevaliers, vingt-deux cents livres; l’autre, avec six chevaliers seulement , recevoir trois mille livres , et le passage ainsi que le retour de chevaux; tous deux devaient avoir bouche à court ou manger en l’hôtel du roi ; plusieurs n’avaient point de chevaliers et ne recevaient que huit vingts livres. Suivant les comptes manuscrits du Trésor des Chartres, le total de ces soldes, qu’on appelait dons , se montait à cent soixante et dix mille livres tournois , dépense J considérable si on y ajoute les frais de nourriture pour cent trente chevaliers, qui devaient manger aux tables du roi , et les frais de transport et de passage pour la suite et les équipages des seigneurs bannerets.

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