LIVRE XVII
Dès le mois de mars, Louis se rendit dans l’église de St.-Denis, où il reçut les marques de son pèlerinage, et mit son royaume sous la protection des apôtres de la France (i). Le jour qui suivit celte cérémonie solennelle , on célébra une messe pour la croisade dans l’église de Notre-Dame de Paris. Le monarque s’y rendit accompagné de ses cnfans et des principaux seigneurs de sa cour; il était sorti du palais, les pieds nus, portant la pannetière et le bourdon. Le meme jour il alla coucher à Vincennes, et revit pour la dernière fois ces chênes antiques à l’ombre desquels il se plaisait à rendre la justice à ses peuples; ce fut là que Louis se sépara de la reine Marguerite , qu’il n’avait jamais quittée , séparation d’autant plus douloureuse
(i) Guillaume de Nantis, parlant du départ de saint Louis , dit que ce prince s’en alla à Saint-Denis avec ses fils et les grands de sa cour ; que là il invoqua les martyrs Denis , Rustique et Eleutlière ; qu’il reçut l’étendard des mains du comte de Vexin, ainsi que le bourdon et la pannetière; qu’ensuiie il se rendit au chapitre des moines, qu’il étonna par son humilité. Tous les religieux, étant sur leurs sièges, le roi alla s’asseoir sur la sixième marche audessous du siège de l’abbé, place qui était inférieure à celle des novices. Après avoir mis le royaume de France sous la protection de Saint-Denis, et avoir reçu la bénédiction du saint Clou et de la Couronne d’épines, il s’en alla à Vincennes, d’où il partit le lendemain, laissant son épouse Marguerite , qui lui dit adieu en poussant de grands soupirs et en répandant beaucoup de larmes. (Voy. Nangis, de Gestis sancli Ludov.)
qu’elle rappelait de cruels souvenirs, et que ces souvenirs se joignaient aux plus tristes pressentirnens.
Le peuple et la cour étaient plongés dans la tristesse ; ce qui ajoutait à la douleur publique , c’est qu’on ne savait point encore où Louis allait diriger son expédition : on parlait vaguement des côtes d’Afrique. Le roi de Sicile avait pris la croix , sans avoir la volonté de partir pour l’Asie; et lorsque , dans les conseils, on délibéra sur l’entreprise, il fit insinuer qu’on devailattaquerTunis. Le royaume de Tunis remplissait la mer de pirates et fermait toüs les passages de la Palestine (t) ; il était l’auxiliaire de l’Egypte, et pouvait en devenir le chemin. Voilà les raisons qu’on mettait en avant; la véritable, c’est qu’il était important pour le roi de Sicile de conquérir les côtes d’Afrique , et de 11e pas trop s’éloigner de l’Italie. La véritable raison pour saint Louis, celle qui le détermina sans doute, si on en croit Geolfroi de Beaulieu, son confesseur, c’est qu’il croyait pouvoir convertir le roi de Tunis, et conquérir un vaste pays à la foi chrétienne. Le prince musulman , dont les ambassadeurs étaient venus plusieurs fois en France , avait lui—
CO Ou se rappelle qu’avant la première croisade, les Pisans et plusieurs autres peuples d’Italie avaient fait une expédition contre plusieurs villes des côtes d’Afrique, qui troublaient la navigation de la Méditerranée, et nuisaient au commerce de l’Europe chrétienne, arrêtaient les pe'lerms, etc. Il est probable qu’au temps de saint Louis, l’Euîopc chrétienne pouvait avoir les mentes griefs contre les peuples musulmans qui habitaient les côtes d’Afrique.