‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 34 sur 276 · LIVRE XVII. 7i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. 7i

on avait toujours peur de la croisade, et celte 12'° crainte était plus active que l’enlliousiasme des croisés. Louis aurait pu demander à l’empereur grec pourquoi , après avoir promis d’envoyer des soldats , il n’envoyait que des députés ; mais Louis, qui mettait la plus grande importance à la conversion des Grecs, et qui croyait à leur bonne foi, se contenta de rassurer les ambassadeurs ; et comme le pape Clément IV venait de mourir , il les renvoya au conclave des cardinaux pour terminer la réunion des deux églises.

Cependant les croisés, entraînés par les exhortations réitérées , et par l’exemple de Louis , se mettaient en marche dans toutes les provinces, et se dirigeaient vers les ports de Marseille et d’Aigues-Mortes. Bientôt Louis vit arriver le comte de Poitiers avec un grand nombre de scs vassaux ; les principaux seigneurs amenaient avec eux l’élite de leurs chevaliers et de leurs soldats ; plusieurs cités avaient aussi envoyé leurs guerriers. Chaque troupe avait sa bannière , et formait un corps séparé, portant le nom d’une ville ou d’une province. On distinguait dans l’armée chrétienne les bataillons de Beaucaire, de Carcassonne, de Châlons, de Périgord (i), etc. Ces noms excitaient

( i) Ce n’était pas la première fois que les communes envoyaient leurs hommes à l’armée du roi; on trouve ce fait déjà indiqué dans le rôle de la bataille de Bouvines. ( Voyez sur la part que prirent les communes aux guerres royales, la préface des tom. 10 et 1 1 du grand Recueil des ordonnances du temps.)

7i HISTOIRE DES CROISADES,

vivement l’émulation , mais aussi ils donnèrent lieu à des querelles que la sagesse et la fermeté de Louis parvinrent difficilement à apaiser. Il arriva des croisés de la Catalogne, de la Castille et de plusieurs autres provinces d’Espagne ; cinq cents guerriers de la Frise arrivèrent pleins de confiance dans un chef tel que Louis IX , disant que leur nation avait toujours été fière d’obéir aux rois de France,

Le roi, avant de s’embarquer, écrivit encore une fois aux régens du royaume pour leur recommander de veiller sur les mœurs publiques, de délivrer la France des mauvais juges, de faire rendre à tout le monde , et particulièrement aux pauvres, une justice prompte et entière, afin que celui qui juge les jugemens des hommes n’eût rien à lui reprocher ; tels furent les derniers adieux que Louis fit à la France.

Avant de s’embarquer, le pieux monarque fit un pèlerinage à Notre-Dame de Veauvert et dans d’autres lieux renommés alors pour leur sainteté: le jour même du départ , et prêt à monter sur son vaisseau, il fit approcher ses fils Philippe, Jean et Pierre : « Vous voyez, leur dit-il, comment déjà » vieux j’entreprends pour la seconde fois le voyage » d’outre-mer, comment je laisse votre mcrc avan-‘ » cée enâge, et mon royaume rempli de prospérités. » Vous voyez comment, pour la cause du Christ , » je n’épargne point ma vieillesse, et comment j’ai i> résisté à la désolation de tous ceux qui m’étaient » chers. Je sacrifie pour Dieu, richesses, honneurs.

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