LIVRE XVII. 8t
Les menaces et les vaines bravades du prince 1270 de Tunis ne pouvaient changer le projet de la croisade. Les Maures d’ailleurs n’inspiraient point de crainte et ne cachaient point la terreur que leur causait la seule vue des croises. N’osant jamais affronter l’ennemi , leurs bandes , tantôt épârses, erraient autour de l’armée chrétienne et cherchaient à surprendre ceux qui s’écartaient du camp ; tantôt réunies, elle fondaient sur les postes avancés , lançaient quelques flèches , montraient leurs sabres nus, et la vitesse de leurs chevaux les dérobait à la poursuite des chrétiens (1). Souvent ils avaient recours à la trahison : trois d’entre eux vinrent dans le camp des croisés et dirent qu’ils voulaient embrasser la foi chrétienne (2) ; cent autres les suivirent en annonçant la même intention. On les reçut à bras ouverts ; eux tombèrent sur les Français le glaive à la main, mais bientôt accablés par le nombre, les uns furent tués, les autres s’enfuirent. Les trois premiers se jetant à genoux im* plorèrent la compassion des chefs. Le mépris qu’on avait pour de pareils ennemis leur fit obtenir grâce j ils furent jetés hors du camp.
A la fin l’armée musulmane , enhardie par l’inac-
(1) Makrisi prétend qu’au milieu du mois d’août il se livra un combat terrible, où il périt beaucoup de monde de part et d’autre.
(2) Guillaume de Nangis dit à ce sujet : « Ici ot grant » trayson des Sarrasins et grant simplesse des chrétiens.»
8a HISTOIRE DES CROISADES,
lion des chrétiens, se présenta plusieurs fois dans la plaine. Rien n’était plus facile que de l’attaquer et de la vaincre ; mais Louis avait résolu de rester sur la défensive , et d’attendre pour commencer la guerre l’arrivée du roi de Sicile ; résolution funeste qui perdit tout , car le monarque sicilien, qui avait conseillé cette malheureuse expédition , devait achever par ses retards le mal qu’il avait déjà fait par ses conseils.
On se préparait en Egypte à prévenir l’invasion des Francs, et des les premiers jours d’août, Bikars annonçait par ses messages qu’il allait marcher au secours de Tunis (i). Les troupes que le sultan du Caire entretenait dans la province de Rarka (la Cyrénaïque), reçurent l’ordre de se mettre en route; le prince de Tunis, qui prenait le titre de calife ou de commandeur des croyans, avait appelé tous les Musulmans du royaume de Maroc et des provinces de la Mauritanie, à la défense de l’islamisme. Ainsi l’armée musulmane pouvait recevoir de nombreux renforts , tandis que les croisés n’avaient aucun espoir de trouver des auxiliaires sur les côtes d’Afrique. On se rappelle que dans les premières croisades, une foule de chrétiens accouraient au-devant des Francs,
(i) Les crainles qu’eurent les Musulmans d’Égypte et «Je Syrie pourraient, jusqu’à un certain point, justifier l’entreprise contre Tunis. (Voyez la Fie de Bilan, Biblioth. des Croisades, Extrait des auteurs arabes, §. 5j.)