LIVRE XVII
pour le triomphe des Mogols ; et dans l’excès de 1 2 ">9 leur joie , les chrétiens de la Palestine ne songeaient plus à implorer les secours de l’Europe.
L’Europe d’ailleurs ne s’occupait guère alors d’une croisade au-delà des mers; le terrible spectacle qu’offraient les invasions des barbares attirait sans cesse les regards de la chrétienté, et portait la surprise et l’effroi chez tous les peuples de l’Occident. Le chef de l’église, en apprenant la prise de Bagdad et la mort du père spirituel des Musulmans , avait d’abord envoyé en Asie des missionnaires chargés de féliciter (1) lloulagou , et de le saluer comme un prince allié des chrétiens; mais à peine les ambassadeurs du pape avaient-ils traversé la mer, qu’on apprit toulà-coup que des hordes mogoles ravageaient les rives du Niester et du Danube. Alexandre IV (2)
(1) Il existe dans le manuscrit de Vauxelles, lettre C, n°. 49, pag. 14, une lettre du souverain pontife , sans désignation de son nom et sans date, adressée à lloulagou, pour féliciter ce prince du dessein où il paraissait être d'embrasser le christianisme. Cette lettre est rapportée par Rayualdi, année 12G0, n". 3g.
(3) Le roi de Hongrie, Bêla IV , écrivit au pape que s’il n’était pas secouru, il allait contracter une alliance avec les Tartares. Le pape Alexandre IV le réprimanda vivement. La réponse du pontife se trouve dans Raynaldi , année rsôp, n”. 4 o et suiv. : on y lit quelques détails sur la levée des soldats et des subsides. On trouve aussi quelques faits relatifs à l’invasion des Tartares dans Guillaume de Nangis, dans Mathieu de Wcslmiusler et dans le Recueil des conciles.
liGo s’adressa aux princes, aux prélats, à tous les fidèles, les exhortant à réunir leurs efforts pour sauver l’Europe menacée. Des conciles s’assemblèrent eu France, en Angleterre, en Allemagne ; on ordonnades jeûnes, des processions, des prières, dans tous les diocèses j on ajouta de nouveau aux lilanies des saints ces paroles, qui étaient comme le signal d’un péril universel : Seigneur , délivreznous de F invasion des T art are s (i).
Cependant, les hordes qui désolaient la Pologne olla Hongrie s’éloignèrent d’elles-mêmcs , rappelées sans doute par les discordes de leur propre pays. A la même époque, Oulagou, obligé de retourner sur les bords du Tigre pour combattre une rébellion puissante, avail laissé en Syrie son lieutenant Kelboga , chargé de poursuivre ses conquêtes. Les chrétiens applaudissaient encore aux victoires des Mogols, lorsqu’une querelle, suscitée par des croisés allemands , changea tout-à-coup l’état des choses, et montra des ennemis dans ceux qu’on avait pris pour des auxiliaires. Quelques villages musulmans , qui payaient tribut aux Tarlares , ayant été livrés au pillage, Kelboga envoya demander aux chrétiens une réparation qu’ils refu-
(i) Le pape Alexandre IV étant mort en 12G1 , UrbainlV, qui lui succéda, fit repartir les députés que les différons synodes avaient envoyés à Rome, et les chargea de lettres pour leurs évêques qu’il exhortait à préparer le plus promptement les secours annoncés. Ces lettres se lisent daus-les Annal, ecclcsiast., à l’année 12Ü2, u°*. 3o cl suiv.