‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 40 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

avaient l'autorité de son exemple et rappelaient 1270 toutes les vertus de sa vie. Après avoir recommandé à Philippe de respecter et de faire respecter la religion et ses ministres , de craindre en tout temps et par-dessus tout d’offenser Dieu (1) : « Mon » cher fils, ajoutait-il , sois charitable et miséri- » cordieux pour les pauvres et pour tous ceux qui » souffrent. Si tu parviens au trône , montre-loi » digne par ta conduite de recevoir la sainte onc-

» lion dont les rois de France sont sacrés

» Quand tu seras roi, montre-toi juste en toutes » choses, et que rien ne puisse jamais t’écarter

» du sentier de la vérité et de la droiture Si la

» veuve et l’orphelin luttent devant toi avec » l’homme puissant, déclare-toi pour le faible » contre le fort , jusqu’à ce que la vérité le soit » connue... Dans les affaires où tu serais toi-même » intéressé, soutiens d’abord la cause d’autrui;

»> car si tu n’agissais de la sorte, tes conseillers

(1) Gcoffroi de Beaulieu a rapporté ces instructions en latin. On les retrouve en vieux français dans Joinville et dans les Annales du règne de saint Louis. Ces trois auteurs les donnent avec des différences assez remarquables. Moreau, dans le vingtième volume de ses Discours sur [Histoire de France, en donne une nouvelle version, qu’il assure avoir clé copiée sur un des registres de la chambre des comptes, où vraisemblablement Fhilippe-le-Hardi voulut que ce monument fût consigné. C’est celte version que nous avons principalement suivie dans l’cxtraitque nous donnons ici. Ou en trouvera le texte dans les Pièces justificatives de ce volume.

270 » hésiteraient à parler contre toi, ce que tu ne » dois pas vouloir... Mon cher fils, je te recom- » mande surtout d’éviter la guerre avec tout peu- » pie chrétien ; si tu es réduit à la nécessité de la » l'aire, fais du moins que le pauvre peuple, qui » n’a point de tort, soit gardé de tout dom- » mage... Réunis tous tes efforts pour apaiser » les divisions qui s’élèveraient dans le royaume, » car lien ne plaît tant a Dieu que le spectacle de » la concorde et de la paix.... Ne néglige rien » pour qu’il y ait dans les provinces de bons bail- » lis et de bons prévôts... Donne volontiers le » pouvoir à gens qui en sachent bien user, et » punis ceux qui en abusent ; car si tu dois haïr le » mal dans autrui , à plus forte raison dans ceux w qui tiennent de toi leur autorité... Sois équita- » blc dans la levée des deniers publics , sage et » modéré dans leur emploi ; garde-toi des folles » dépenses qui mènent à des taxes injustes: cor- » rige avec prudence ce qui est défectueux dans » les lois du royaume. Maintiens avec loyauté les » droits et franchises que tes prédécesseurs ont » laissées ; plus tes sujets seront heureux, plus tu » seras grand ; plus ton gouvernement sera irré- » prochable, plus tes ennemis craindront de l’at-.

» taquer. »

Louis donna plusieurs autres conseils à Philippe sur l’amour qu’il devait à Dieu , à ses peuples et à sa famille; puis, épanchant tout son cœur, il ne fit plus entendre que le langage d’un père qui va se séparer d un fils qu’il aime tendrement. « Je le

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