LIVRE XVII. 8g
» donne, lui dit-il, toutes les bénédictions qu’un , »> père peut donner à son cher fils. Que tu me » fasses aider par messes et oraisons , et que j’aie » part à toutes les bonnes œuvres que lu feras.
» Je prie notre Seigneur Jésus-Christ que par sa » grande miséricorde il te garde de tous maux, et » te défende que tu fasses chose contre sa volonté ;
»> et qu’après cette mortelle vie nous puissions le » voir, l’aimer et le louer ensemble dans les siècles » des siècles. »
Lorsqu’on pense que ces paroles étaient prononcées sur les côtes d’Afrique par un roi de France expirant , on éprouve un mélange de surprise et d’émotion , dont les esprits les plus froids et les plus iudifférens ne sauraient se défendre. Qu’on juge de l'effet qu’elles durent produire sur l’âme d’un fils désolé. Philippe les écouta avec une douleur respectueuse , et voulut qu’elle fussent transcrites fidèlement pour les avoir sous les yeux tous les jours de sa vie.
Louis se tourna ensuite vers sa fille, la reine de Navarre, qui fondait en larmes au pied de son lit : dans une instruction qu’il avait préparée pour elle, il lui rappela les devoirs d’une reine et d’une épouse; il lui recommanda surtout d’avoir soin de son mari qui était malade , et n’oubliant pas les plus petites circonstances , il conseilla au roi de Navarre , à son retour en Champagne, de payer ses dettes avant de rebâtir le couvent des Cordeliers de Provins.
Ces instructions paternelles furent les dernières
9o HISTOIRE DES CROISADES.
1270 paroles que Louis adressa à scs enfans ; dès-lors il ne les revit plus. Les ambassadeurs de Michel Paléologue venaient d’arriver à l’armée chrétienne (1) ; le roi consentit à les recevoir. Dans l’étal où il se trouvait, Louis ne pouvait juger ni les fausses promesses des Grecs , ni les alarmes et la politique trompeuse de leur empereur ; il ne s’occupait plus des choses de la terre. Il se borna à exprimer des vœux pour que la réunion des deux églises pût enfin s’opérer, et promit aux ambassadeurs que son fils Philippe y travaillerait de tout son pouvoir. Ces envoyés étaient Meliteniote, archidiacre de la chapelle impériale, et le célèbre Vechus, chancelier de l'église de Constantinople. Ils furent si touchés des paroles et des vertus de S. Louis, qu’ils se livrèrent dans la suite avec zèle à la réunion, et finirent tous deux par être les victimes de la politique des Grecs.
Après cet entretien , Louis ne voulut plus songer qu’à Dieu, et resta seul avec son confesseur (2). Ses
(1) "Voyez l’historien grec Pachymcrc, pag. 246, et Filleau de la Chaise, qui rend compte de celte ambassade d’après lui.
(2) Geoffroi de Beaulieu, Guillaume de Chartres et Guillaume de Nangis olfrent quelques détails sur la mort de saint Louis. Don Martenne a publié une lettre fort touchante qu’on trouvera dans le premier volume de la Bibliothèque des Croisades ; elle est attribuée à l’évêque de Tunis, et adressée au roi de Navarre. Le l1 2. Daniel , qui l’a aussi donnée dans son Histoire de France , dit qu’elle est du roi de Navarre lui-même et adressée à l’évêque titulaire de