‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 42 sur 276 · LIVRE XVII. 9i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. 9i

aumôniers récitèrent devant lui les prières de l’é- i glise auxquelles il répondait. Puis il reçut le Saint- Viatique et rExtrême-Onclion. « Dès le dimanche,

» à l’heure de nones , dit un témoin oculaire , jus- » qu’à lundi , à l’heure de tierce , sa bouche ne » cessa, ne de jour ne de nuit , de louer notre Sei- » gneur, et de prier pour le peuple qu’il avait là » amené. » On l’entendit répéter ces paroles du prophète-roi : « Faites, Seigneur, que nous puis- » sions dédaigner les prospérités du monde et bra- » ver scs adversités. » Il disait aussi , à haute voix, ce verset d’un autre psaume : « O Dieu , daigne » sanctifier ton peuple et veiller sur lui 1 » Quelquefois il invoquait saint Denis, qu’il avait souvent invoqué dans les batailles , et lui demandait son

Tunis j il prétend l’avoir copiée sur un très beau manuscrit, qui était entre les mains de M. de Chezcllcs, lieutenant-général de police de la ville de Montluçon. 11 y a quelques différences dans le style de ces deux copies. Celle du P. Daniel contient des expressions qui sont celles du temps où le roi de Navarre écrivait, et ces expressions ont été rajeunies dans la copie de don Martcnne; ce qui fait croire que la lettre est plutôt du roi de Navarre que de l’évêque de Tunis , c’est que le roi ayant été présent à la mort de saint Louis, l’évêque de Tunis, dont on ne dit point le nom, en supposant qu’il y eût été aussi présent, n’aurait pas eu besoin d’instruire le roi de Navarre de détails que ce prince connaissait aussi bien que lui-même. Au lieu qu’il est probable que cet évêque, n’ayant pas assisté aux derniers înonicns du saint roi , Thibault lui aura écrit les détails que renferme celle lettre.

n* HISTOIRE DES CROISADES.

i3-o céleste appui pour cette armée qu’il allait laisser sans chef. Dans la nuit du dimanche au lundi , on l’entendit prononcer deux fois le mot de Jérusalem ; puis il ajoutait : Nous irons à Jérusalem. Son esprit était toujours frappé de l’idée de la guerre sainte. Peut-être aussi ne voyait-il plus alors que la Jérusalem céleste , dernière patrie de l'homme juste.

A neuf heures du matin, le lundi 25 août, il perdit la parole ; mais il regardait encore les gens débonnairement. Son visage était calme ; et l’on voyait que son âme se partageait entre les plus pures affections de la terre et les pensées de l’éternité. Sentant que sa mort approchait, il fit signe qu’on le plaçât, couvert d’un cilicc, sur un lit de cendres. « Entre heures de tierce et de midi, fit aussi » comme semblant de dormir, et fut bien les yeux » clos l’espace d’une deini-heure et plus. » 11 parut ensuite se ranimer, ouvrit les yeux et regarda le ciel , en disant : « Seigneur, j’entrerai dans votre » maison , et je vous adorerai dans votre saint ta- » bernacle. » Il expira à trois heures du soir.

Nous avons parlé de la profonde douleur qui régnait parmi les croisés, lorsque Louis était tombé malade. On ne voyait pas un chef ni un soldat qui n’oubliât scs maux pour songer à la maladie du roi. A chaque heure du jour et de la nuit, ces fidèles guerriers accouraient autour de la tente du monarque , et lorsqu’ils voyaient l’air triste et consterné de ceux qui en sortaient , ils s’en retournaient les yeux baissés vers la terre, et l’âme remplie de

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