LIVRE XVIL
du légat apostolique, la croisade avait perdu son 1270 principal mobile et celle force morale qui animait lout. L’esprit des croisés, que personne ne dirigeait, poussé par mille passions diverses, flottait dans l’incertitude, et cette incertitude devait à la fin retenir l’armée dans l’inaction et faire abandonner la guerre. Philippe désirait retourner en France où l’appelaient les affaires du royaume. La plupart des seigneurs et des barons français commençaient à regretter la patrie. On consentit enfin à délibérer sur les propositions pacifiques du roi de Tunis.
Dans le conseil , ceux à qui on n’avait fait aucune promesse, et qui n’étaient pas aussi impatiens que les autres de quitter les côtes d’Afrique, furent d’avis qu’on devait poursuivre la guerre. « C’était » pour la conquête de Tunis que Louis IX avait » débarqué à Carthage, et que l’armée chrétienne » avait souffert tant de maux. Que restait-il à faire » de mieux pour honorer Ja mémoire de Louis et » de tant de Français, martyrs comme lui de leur » zèle et de leur foi, que de continuer et d’achever » leur ouvrage? Toute la chrétienté savait que les » croisés menaçaientTunis,quelesMaurcsfuyaient » à leur aspect , et que la ville s’apprêtait à leur » ouvrir ses portes. Que dirait la chrétienté en ap- » prenant que les croisés avaient fui devant les » vaincus et s’étaient dérobés à leur propre vic- » toire ? »
Ceux qui étaient d’avis de conclure la paix, répondaient qu’il ne s’agissait pas seulement d’en-
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12-0 trer dans Tunis , mais de conquérir le pays, ce qui ne pouvait se l'aire qu’en exterminant la population. « D’ailleurs les longueurs d'un siège affaibliraient » beaucoup l'armée chrétienne. On approchait » de l’hiver, où l’on ne pourrait se procurer des » vivres , où les pluies continuelles causeraient » peut-être plus de maladies que l’excessive eha- « leur. La prise de Tunis n’était point le prin- » cipal objet de la croisade; il fallait faire la paix » à des conditions avantageuses , pour avoir les » moyens de porter ensuite la guerre où l’exige- » raient les circonstan es. »
Los chefs qui parlaient ainsi étaient ceux-là même qui avaient conseillé l’expédition de Tunis: on remarquait à leur tête le roi de Sicile; ils ne reconnaissaient plus la nécessité de délivrer la Méditerranée des pirates qui arrêtaient la marche dos pèlerins, et ne parlaient plus d’enlever au sultan «l’Égypte le plus puissant de ses auxiliaires; ils semblaient avoir oublié toutes les raisons qu’ils avaient données pour qu’on portât la guerre sur les eûtes d’Afrique (i).
iCependant leur avis prévalut , non pas qti’on
(i) Si on gardait Tunis, ce qui ne serait pas moins difficile que de la conquérir , l’armée ne pourrait y passer l’hiver; car on n’avait point assez, de vivres pour la nourrir. Si on laissait une garnison , après la retraite de l’armée, la ville serait aussitôt assiégée par les Sarrasins , et la fin de celle expédition pourrait être plus malheureuse que le commencement. Si on ne gardait pas Tunis , et qu’on s’occupât de la détruire, la saison de l’hiver arriverait, et