‹ Histoire des croisades (volume 2)Chapitre 46 sur 276 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

fût convaincu par tout ce qu’on venait d’entendre; 1270 mais, comme cela arrive souvent dans les délibérations les plus importantes, la plupart se décidèrent plutôt par des motifs qu’ils n’avouaient pas , que par ceux qu’on s'efforcait de faire valoir.

Le 3i octobre , une trêve de quinze années solaires fut conclue entre le calife, l’imam commandeur des croy ans , Abou- Abdallah-Mohamed, d’une part; et de l’autre, le prince illustre Philippe, par la grâce de Dieu , roi de France; le prince illustre Charles, roi de Sicile; le prince illustre Thibault , roi de Navarre. Le premier article du traité portait que les prisonniers et les captifs seraient , de part et d’autre , mis en liberté.

Les princes chrétiens s’engageaient ensuite à protéger les sujets de Mohamed qui se trouveraient dans leurs états; celui-ci, de son côté, promettait justice et protection aux sujets des princes chrétiens qui se rendraient ou résideraient sur la côte de Tunis. L’article trois du traité autorisait les moines et les prêtres chrétiens , à s’établir dans les états du commandeur des croj aus ; on devait leur accorder un lieu où ils pourraient bâtir îles maisons, construire des chapelles, enterrer, les morts; ils auraient la liberté de prêcher dans l’enceinte des églises , de réciter à haute voix leurs

l’armee ne pourrait plus repasser la mer : on jugea donc qu’il valait mieux arracher de l’or aux barbares, cl rendre le roi de Tunis tributaire du roi de Sicile. ( Coclrail de la, Chronique de Puy-Laitreus , cliap. 5.)

io2 HISTOIRE DES CROISADES.

1270 offices ■ en un mot, de servir Dieu conformément a leur culte, et de faire tout ce qu’ils faisaient dans leur pays.

Toutes ces dispositions n’étaient pas, sans doute, celles qui avaient le plus fixé l’attention des puissances contractantes ; l’argent que devaient recevoir les chefs de la croisade, voilà l’affaire qui avait occupé sérieusement les parties intéressées ; le prince de Tunis prenait l’engagement de payer , aux princes chrétiens , deux cent dix mille onces d’or , moitié comptant , le reste dans l’espace de deux années. Il se soumettait, en outre, au tribut que Tunis payait précédemment aux rois de Sicile, promettant, déplus, de payer les arrérages et de doubler les tributs de l’avenir (1). On est fondé à croire que ces dernières conditions décidèrent la paix ; elles nous font connaître , en meme temps, les motifs et les véritables causes d’une expédition inutile à la chrétienté, funeste à la France. Les seigneurs et les barons qui avaient accompagné saint Louis à la croisade , furent nommés dans le traité; la plupart durent être appelés au partage des trésors que prodiguait l’ennemi pour acheter la paix , et que néanmoins les croisés ne pouvaient regarder comme le prix de la victoire.

Plusieurs chroniques d’Angleterre et de l’Italie

(1) Voy. dans l’Extrait des auteurs arabes, §. <)5, le texte original du traite qui fut conclu; M. Sylvestre de Saci est le premier qui ait fait connaître ce monument, conservé aux archives du royaume.

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